Programme de la fête de la Très-Sainte Trinité

La Tres-Sainte TriniteSaint-Eugène, le dimanche 22 mai 2016, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

Catéchisme sur la Trinité

A l’origine dans le rit romain, comme avait eut lieu la veille la longue messe du Samedi des Quatre-Temps, laquelle commençait à none pour s’achever très tard dans la nuit en raison de toutes les ordinations à faire, il n’y avait pas de messe en ce dimanche (de mêmes qu’aux autres dimanches suivant les samedi des Quatre-Temps) : Dominica vacat. Vers le VIIIème siècle cependant, on commença à y célébrer une octave de la Pentecôte (premier dimanche après la Pentecôte). L’institution relativement récente et non universellement reçue de celle-ci fit que la place laissée vide fut aussi utilisée pour y célébrer la messe votive de la Sainte Trinité composée au VIIIème siècle par Alcuin. En 920, Etienne, évêque de Liège, consacra cette pratique en instituant en ce dimanche pour son diocèse la fête de la Trinité et en faisant composer un office complet en l’honneur de ce mystère. La célébration de cette fête se répandit rapidement dans tout l’Occident, en particulier sous l’action des moines clunisiens.

Rome refusa dans un premier temps cet usage, estimant bien moderne l’idée de célébrer liturgiquement un mystère plutôt qu’un évènement historique. Alexandre II, pape de 1061 à 1073, tout en constatant que la fête est déjà répandue en beaucoup de lieux, déclare dans une de ses Décrétales que « ce n’est pas l’usage de Rome de consacrer un jour particulier à honorer la très sainte Trinité, puisqu’à proprement parler elle est honorée chaque jour » par la répétition de la petite doxologie : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto, et dans un grand nombre d’autres formules de louange. C’est le pape français Jean XXII qui finalement accepta la fête dans un décret daté de 1334 et l’étendit à toutes les Eglises d’Occident. La fête de Trinité se substitua dès lors au premier dimanche après la Pentecôte (qui fut commémoré à l’office jusqu’en 1960 et dont la messe devait être célébrée un des trois premiers jours de la semaine non empêché par une fête du rite double. Cette messe peut continuer à se dire dans les féries de la semaine qui suit ce dimanche).

La Très-Sainte Trinité par Artus Wolffort MuehlbauerLa fête de la Trinité fut, comme nous le disions, d’une grande popularité un peu partout en Occident dès le XIème – XIIème siècle. Les Anglais & les Dominicains comptent d’ailleurs les dimanches non « après la Pentecôte » mais « après la Trinité ». Dans beaucoup d’usages diocésains, l’hymne des vêpres « O lux beata Trinitas » fut chantée aux premières & secondes vêpres des dimanches après l’Epiphanie & la Pentecôte, faisant disparaître deux des sept hymnes d’un cycle qui initialement chantait les sept jours de la création sur les sept vêpres de la semaine (le rit romain ne le fit que pour les premières vêpres du dimanche). Dans le même ordre d’idée, un décret au XVIIIème siècle de la Sacrée Congrégation des Rites étendit pour le rit romain la préface de la Trinité à tous les dimanches après l’Epiphanie & la Pentecôte (on disait auparavant la préface commune ces dimanches-là).

Le choix de faire la célébration du mystère de la Trinité au jour octave de la Pentecôte était toutefois d’une grande cohérence théologique : c’est en effet l’effusion du Saint-Esprit à la Pentecôte qui nous révèle l’amour du Père et du Fils et nous manifeste glorieusement le mystère de la Trinité. Du reste, le rit byzantin a suivi la même intuition, puisqu’il a fini par ajouter à la fête de la Pentecôte la célébration de la Trinité, combinant les deux fêtes en une seule : dans l’office de ce rit, à une couche hymnographique ancienne chantant la Pentecôte on a ajouté une seconde chantant la Trinité. Dans la mentalité des orientaux byzantins, la Pentecôte est bien la fête de la Trinité, et on a fini par consacrer le lundi de Pentecôte plus particulièrement au Saint-Esprit.

Nous avons célébré la venue de l’Esprit sanctificateur, annoncé comme devant venir perfectionner l’œuvre du Fils de Dieu. Nous l’avons adoré et reconnu distinct du Père et du Fils, qui nous l’envoyaient avec la mission de demeurer avec nous. Il s’est manifesté dans des opérations toutes divines qui lui sont propres ; car elles sont l’objet de sa venue. Il est l’âme de la sainte Église, il la maintient dans la vérité que le Fils lui a enseignée. Il est le principe de la sanctification dans nos âmes, où il veut faire sa demeure. En un mot, le mystère de la sainte Trinité est devenu pour nous, non seulement un dogme intimé à notre pensée par la révélation, mais une vérité pratiquement connue de nous par la munificence inouïe des trois divines personnes, adoptés que nous sommes par le Père, frères et cohéritiers du Fils, mus et habités par l’Esprit-Saint.
Dom Guéranger.

Quel Catholique ignore que le Père est vraiment Père, le Fils vraiment Fils, et l’Esprit-Saint vraiment Esprit-Saint ? Ainsi que le Seigneur lui-même l’a dit à ses Apôtres : « Allez, baptisez toutes les nations au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » C’est là cette Trinité parfaite dans l’unité d’une unique substance, à laquelle nous faisons profession de croire. Car nous n’admettons point en Dieu de division à la manière des substances corporelles ; mais à cause de la puissance de la nature divine qui est immatérielle, nous faisons profession de croire, et à la distinction réelle des personnes que nous nommons, et à l’unité de la nature divine.
Homélie de saint Grégoire de Nazianze, évêque, VIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne..

  • Propre grégorien du jour – Kyriale : Messe VIII – De Angelis
  • Procession d’entrée : Je crois en un seul Dieu – paraphrase du symbole des Apôtres – Recueil des Jésuites de 1623 : « Airs sur les Hymnes sacrez, Odes et Noëls pour chanter au catéchisme » – musique attribuée au R.P. Charles d’Ambleville, s.j. († 1637)
  • Introït – Benedicta sit sancta Trinitas (ton viii.)
  • Kyrie II Fons bonitatis, chanté avec ses tropes médiévaux
  • Graduale – Benedictus es, Domine (ton v.)
  • Alleluia – Benedictus es, Domine Deus (ton viii.)
  • Credo III
  • Et incarnatus de la Missa syllabica de Jean de Bournonville (1585 † 1632), maître de chapelle de la Sainte Chapelle de Paris
  • Offertoire – Benedictus sit Deus Pater (ton iii.)
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Hymne de la fête : O lux beata Trinitas – texte VIIème siècle, avec alternances d’orgue de Guillaume-Gabriel Nivers (1632 † 1714), organiste de Saint Sulpice et des damoiselles de Saint-Cyr – l’orgue figure les versets impairs
  • Après la Consécration : Michel Imbert, maître de musique de l’Eglise de Sens (Méthode de serpent de 1780)
  • Pendant la communion : Symbole Quicumque, de Saint Athanase (symbole de foi remontant au IVème siècle) – psalmodie du IInd ton, avec faux-bourdon parisien (édition de 1739)
  • Communion – Benedicimus Patrem cœli (ton iv.)
  • Prière pour la France, sur le ton royal – harmonisation traditionnelle de Notre-Dame de Paris
  • Ite missa est VIII
  • Après le dernier Evangile : Salve Regina

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Cf. aussi : Plain-chant de la Trinité dans le graduel de Nivers (1679)

Programme du dimanche du Paralytique – Translation des reliques de saint Nicolas à Bari – ton 3

La guérison du paralytique - Musée byzantin d'Athènes - Grèce - XIXème siècleParoisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 22 mai 2016 du calendrier grégorien – 9 mai 2016 du calendrier julien, divine liturgie de saint Jean Chrysostome de 9h15.

Après avoir fêté l’Apôtre Thomas le IInd dimanche de Pâques, les femmes Myrophores avec Nicodème et Joseph d’Arimathie le IIIème dimanche de Pâques, la liturgie byzantine propose à l’édification des fidèles les trois dimanches qui suivent des épisodes de la vie du Christ s’étant déroulés au cours des Cinquante Jours, la Pentecôte hébraïque :

  • la guérison du Paralytique à la piscine de Bethesda,
  • la conversion de la Samaritaine,
  • la guérison de l’Aveugle-né.
  • L’origine de la célébration de la guérison du Paralytique au IVème dimanche de Pâques est constantinopolitaine ; dans la tradition de Jérusalem, l’évangile de ce jour était lu le dimanche suivant.

    L’hymnographie de ce dimanche est donc essentiellement d’origine constantinopolitaine, comme du reste l’essentiel du Pentecostaire.

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    Cette année, le dimanche du Paralytique voit l’occurrence de la fête de la translation des reliques de Sa Sainteté Nicolas, thaumaturge & évêque de Myre en Lycie en la ville de Bari en Italie, translation ayant eu lieu l’an 1087 du temps de l’empereur Alexis Comnène Ier. La ville de Myre en Lycie étant tombée aux mains des Turcs Seldjoukides dans les premières années du règne de cette empereur, plusieurs expéditions italiennes s’organisèrent pour sauver ses reliques des mains des Turcs. Après une apparition de saint Nicolas à un prêtre de la ville de Bari, des marins de cette ville affrétèrent trois vaisseaux déguisés en navires marchands transportant du grain, parvinrent à Myre sous domination turque, enlevèrent le corps de saint Nicolas et ramenèrent la relique à Bari. Un récit très précis de cet enlèvement fut rédigé en 1088 par le moine Nicéphore de Bari. En deux ans, on construisit à Bari en l’honneur de saint Nicolas une vaste basilique, sous l’autel de laquelle on déposa dans une crypte la précieuse relique qui y repose toujours aujourd’hui.

    Notons que si cette fête se célèbre à la même date du 9 mai dans les calendriers russes et occidentaux, en Grèce toutefois, la date de cette fête varie d’une façon bizarre, puisqu’elle est célébrée, selon les régions le 2, le 8, le 9, le 16, le 20 ou le 21 mai. Certains ont voulu expliquer cette variété en arguant que la précieuse relique du corps de saint Nicolas avait fait escale à différentes dates dans des ports de Grèce au cours de son périple vers Bari.

    Voici la messe de cette fête pour le diocèse de Toul et Nancy, qui possède depuis 1090 l’un des doigts de saint Nicolas, qui est conservé en la basilique Saint-Nicolas-de-Port. Le 9 mai est marqué bien sûr par de grandes festivités à Bari même, qui conserve toujours le corps du saint thaumaturge.

    Le tombeau du saint continue d’exsuder un liquide miraculeux appelé par les Orientaux myron et manne par les Occidentaux. Les textes anciens et les récits de la translation indiquent que le corps de saint Nicolas exsudait déjà un semblable liquide à Myre en Lycie. Lorsque les marins de Bari découvrent le tombeau du saint, ils le décrivent rempli de ce liquide. Voici une vidéo montrant l’extraction annuelle de la manne de saint Nicolas, laquelle à lieu tous les ans le 9 mai à Bari par le recteur de la cathédrale, en présence de l’archevêque de Bari et de plusieurs évêques catholiques & orthodoxes, après la célébration de la messe de la Translation :

    Le précieux liquide est mélangé ensuite à de l’eau bénite et distribué aux pèlerins.
    Prions le saint pontife Nicolas, devenu, par la translation de ses reliques, pont entre l’Orient et l’Occident, pour l’unité des deux poumons de l’Eglise !

    Aux heures
    A tierce : Tropaire du dimanche, ton 3. Gloire au Père. Tropaire de Sa Sainteté. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion de Sa Sainteté.
    A sexte : Tropaire du dimanche, ton 3. Gloire au Père. Tropaire de Sa Sainteté. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion de la fête (du Paralytique).

    Tropaires des Béatitudes : 4 tropaires du dimanche, ton 3, 4 tropaires de la 3ème ode du canon du Triode fleuri & 4 tropaires de la 6ème ode de Sa Sainteté :
    1. Adam, notre premier père, ayant transgressé ton commandement, * ô Christ, tu l’as chassé du Paradis ; * mais, compatissant, tu fis entrer le bon Larron * te confessant sur la croix et criant : * Souviens-toi de moi, Sauveur, ** quand tu entreras dans ton royaume.
    2. Pour notre faute, tu nous condamnas * à la malédiction de la mort, Seigneur source-de-vie ; * mais, souffrant dans ton corps, Maître sans péché, * tu fis revivre les morts qui s’écrièrent : * Souviens-toi de nous aussi ** quand tu entreras dans ton royaume.
    3. Ressuscité d’entre les morts, tu nous sauvas de nos passions, * Seigneur, par ta sainte Résurrection ; * et, Sauveur, tu as détruit toute la puissance de la mort ; * c’est pourquoi nous, les fidèles, te crions : * Souviens-toi de nous aussi ** quand tu entreras dans ton royaume.
    4. Par ta sépulture de trois jours tu éveillas, * Dieu, les morts qu’aux Enfers tu vivifias ; * et, dans ta bonté, tu fus la source de l’immortelle vie * pour nous tous, fidèles, qui sans cesse te crions : * Souviens-toi de nous aussi ** quand tu entreras dans ton royaume.
    5. Jadis, te voyant suspendu sur la croix, * ô Verbe, le soleil suspendit ses rayons, * la terre trembla de toutes parts, * les morts se levèrent du tombeau, Dieu tout-puissant, lorsque toi-même tu mourus.
    6. Lorsqu’avec ton âme tu entras * dans le sein de la terre, Sauveur, l’Enfer s’empressa de relâcher * les âmes qu’il avait prises & qui chantaient * une hymne d’action de grâce à ta puissance, Seigneur.
    7. Depuis de nombreuses années * cruellement mon âme souffre, Dieu de bonté ; * comme tu fis au Paralytique jadis, * guéris-la pour que je puisse cheminer * sur les voies où tu invites les amants de ton nom.
    8. Avec les puissances d’en-haut * intercède, saint Archange de Dieu, * pour ceux qui te chantent avec foi : * sauve-nous, garde-nous, protège-nous * qui sommes assaillis par les passions de cette vie.
    9. La santé du corps & la purification de l’âme, * nous les recevons en abondance de ta divine Eglise, * comme d’une piscine, ô saint hiérarque Nicolas, * à travers elle se déverse la grâce de tes miracles, ** sur ceux qui se confient en toi avec une foi sincère.
    10. Comme tu es le favori le plus glorieux du Christ, ô Père, * délivre tes serviteurs, * qui honorent la translation de tes saintes reliques, * de toutes formes de danger, * de graves malheurs ** et des chagrins qui nous assaillent.
    11. Sauve-nous par ta guidance, ô Nicolas, * prédicateur et docteur des nations, * toi qui as conduit au salut le peuple du Dieu qui est apparu dans la chair ** pour le bien de beaucoup.
    12. Tu es le portail du Roi des Cieux * et le temple de sa gloire, * O Vierge toute louée, * ouvre-nous les portes de la miséricorde, * & conduis-nous dans la demeure de la gloire céleste, ** par tes supplications.

    A la petite entrée :
    1. Tropaire du dimanche, ton 3 : Que les Célestes soient en liesse ! * Que les terrestres se réjouissent ! * Car le Seigneur a établi son Règne par son bras, * terrassant la mort par la mort, * Lui le Premier-Né d’entre les morts. * Il nous libère du ventre de l’enfer, ** et offre au monde la grande miséricorde.
    2. Tropaire de Sa Sainteté, ton 4 : Voici venue la brillante festivité * et la cité baroise se réjouit ; * avec elle exulte le monde entier * par des hymnes & des cantiques spirituels ; * sainte fête que ce jour, * en la translation des vénérables reliques porteuses-de-guérison * du pontife & thaumaturge Nicolas, car elle brille comme un soleil sans déclin * dont le splendide rayonnement * chasse les ténèbres des épreuves et du malheur * loin de ceux qui chantent avec foi : * Procure-nous le salut, ** toi qui nous protèges, sublime Nicolas.
    3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
    4. Kondakion de Sa Sainteté, ton 3 : Comme un astre se sont levées * du levant vers le couchant * tes reliques, pontife Nicolas, * sanctifiant par ton passage, la mer ; * la cité baroise reçoit la grâce avec toi * & tu te manifestes pour nous tous ** par excellence comme thaumaturge plein de miséricorde & suscitant l’admiration.
    5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
    6. Kondakion du Paralytique, ton 3 : Relève, Seigneur, par ta divine Présence, mon âme misérable,
paralysée par mes péchés de toutes sortes et mes actes déréglés,
toi qui jadis relevas le paralytique, afin que, sauvé, je te crie :
Ô Christ miséricordieux, gloire à ta Puissance !

    Prokimen
    Du Paralytique, ton 1 :
    R/. Sur nous, Seigneur, soit ton amour, ainsi qu’en toi fut notre espoir ! (Psaume 32, 22).
    V/. Justes, exultez dans le Seigneur, aux cœurs droits convient la louange (Psaume 32, 1).
    De Sa Sainteté, ton 7 :
    R/. Le juste a sa joie dans le Seigneur, en lui il se réfugie (Psaume 63, 11).

    Epîtres :
    Du Paralytique : Actes des Apôtres (§ 23) IX, 32-42.
    Alors Pierre ayant fait sortir tout le monde, se mit à genoux et en prière : et se tournant vers le corps, il dit : Tabitha, levez-vous. Elle ouvrit les yeux ; et ayant vu Pierre, elle se mit sur son séant.
    De Sa Sainteté : Hébreux (§335) XIII, 17-21.

    Alleluia
    Du Paralytique, ton 5 :
    V/. Ton amour, Seigneur, à jamais je le chante, d’âge en âge ma parole annonce ta fidélité (Psaume 88, 2).
    R/. Car j’ai dit : l’amour est bâti à jamais, aux cieux tu as fondé ta fidélité (Psaume 88, 3).
    De Sa Sainteté, ton 2 :
    V/. Que tes prêtres soient revêtus de justice, et que tes saints tressaillent de joie (Psaume 131, 9).

    Evangile :
    Du Paralytique : Jean (§ 14) V, 1-15
    Depuis, Jésus trouva cet homme dans le temple, et lui dit : Vous voyez que vous êtes guéri ; ne péchez plus à l’avenir, de peur qu’il ne vous arrive quelque chose de pis.
    De Sa Sainteté : Luc (§24) VI, 17-23.

    A la commémoraison de la Très-Sainte Mère de Dieu durant l’anaphore eucharistique
    L’ange chanta à la Pleine de grâce : Réjouis-toi, Vierge très pure, je répète, réjouis-toi  ! Ton Fils en vérité est ressuscité après trois passés dans le tombeau ; et Il a redressé les morts : fidèles, soyez dans l’allégresse !
    Resplendis, resplendis, nouvelle Jérusalem, car sur toi la gloire du Seigneur s’est levée. Réjouis-toi et exulte, Sion, et toi, Mère de Dieu très pure, réjouis-toi, car ton Fils est ressuscité ! Alléluia !

    Verset de communion
    Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux (Psaume 148, 1).
    De Sa Sainteté : La mémoire du juste sera éternelle (Psaume 111, 6). Alleluia, alleluia, alleluia.

    Télécharger le livret des choristes pour ce dimanche.
    Télécharger le livret commun des choristes pour le Temps pascal.

    Enregistrement : témoignage de Mgr Daoud, archevêque syriaque de Mossoul – « Nous avons subi un génocide »

    Mgr Nicodemus Daoud Sharaf, archevêque syriaque de Mossoul, témoigne à Saint-Eugène

    Devant une assistance nombreuse, Son Excellence Mor Nicodemus Daoud Matti Sharaf, archevêque syriaque de Mossoul en exil à Arbèles (Erbil) au Kurdistan irakien, témoignait des souffrances de son peuple hier 19 mai à Saint-Eugène. Commençant par prier le Notre Père en araméen – la langue même de Notre Seigneur Jésus-Christ, dont la survie est en question en raison du génocide en cours -, l’archevêque de Mossoul termina son témoignage en chantant une hymne à la Très-Sainte Vierge Marie et donna sa bénédictions aux fidèles assemblés dans Saint-Eugène.

    https://twitter.com/scholastececile/status/733379909075271680

    Témoignage exceptionnel de l’archevêque syriaque de Mossoul à Saint-Eugène jeudi 19 mai 2016

    Mgr Nicodemus Daoud Sharaf, archevêque syriaque de Mossoul à Saint-Eugene - Paris IX

    Tournée de l’archevêque de Mossoul en France

    Monseigneur Daoud, archevêque de Mossoul exilé à Erbil (Kurdistan irakien), viendra en France du 18 au 27 mai. Dernier archevêque à quitter Mossoul en juin 2014, alors que la ville tombait aux mains de l’organisation terroriste Etat islamique, l’archevêque syriaque orthodoxe témoignera du martyre des chrétiens d’Irak. Outre un cycle de conférences dans différentes villes de France, il rencontrera plusieurs personnalités religieuses et politiques afin de les sensibiliser sur le drame des chrétiens d’Orient.

    Cette visite tout à fait exceptionnelle nous permettra de bénéficier d’un témoignage inédit, vécu au plus proche du terrain.

    Monseigneur Daoud donnera son témoignage à Paris en l’église Saint-Eugène le jeudi 19 mai à 20h30. Soyons nombreux afin de lui manifester que nous, chrétiens d’Occident, nous tenons compte des souffrances de nos frères d’Orient.

    La conférence de Mgr Daoud sera précédée du chant de la messe du jeudi dans l’octave de la Pentecôte à 19h (rit romain traditionnel).

    L’évènement sur Facebook.

    Les autres dates de Mgr Daoud en France & en Belgique :

    1. Nancy le 20 mai
    2. Strasbourg le 21 mai
    3. Montfermeil le 22 mai
    4. Lille le 23 mai
    5. Bruxelles le 24 mai

    Qui procedis ab utroque : une séquence parisienne pour le jeudi de l’octave de la Pentecôte

    Alors que dans l’usage de Rome, la prose (ou séquence) Veni, Sancte Spiritus sert pour le jour de la Pentecôte & pour toutes les messes de son octave, l’ancien usage de Paris voyait chacune des messes de l’octave de la Pentecôte s’orner d’une prose différente chaque jour.

    Voici comment Paris chantait les proses durant l’octave de la Pentecôte :

    1. Le dimanche de la Pentecôte : Fulgens præclara Paraclyti Sancti,
      subdivision d’une ancienne prose française de Pâques, antérieure à l’an 1000.
    2. Le lundi de la Pentecôte : Sancti Spiritus adsit nobis gratia,
      de Notker le Bègue (c. 840 † 912).
    3. Le mardi de la Pentecôte : Lux jucunda, lux insignis,
      d’Adam de Saint-Victor († 1146).
    4. Le mercredi de la Pentecôte : Simplex in essentia,
      d’Adam de Saint-Victor.
    5. Le jeudi de la Pentecôte : Qui procedis ab utroque,
      d’Adam de Saint-Victor.
    6. Le vendredi de la Pentecôte : Alma chorus Domini,
      composition anonyme française antérieure à l’an 1000.
    7. Le samedi de la Pentecôte : Veni, Sancte Spiritus,
      d’Etienne Langton (c. 1150 † 1228).

    Il est notable que trois de ces proses soient des compositions de l’illustre hymnographe Adam, qui avant de finir ses jours dans l’abbaye de Saint-Victor, au pied de la Montagne Sainte-Geneviève, avait surtout été le préchantre de la cathédrale de Paris dès 1107 et jusque vers 1134. Les compositions d’Adam franchirent tôt les frontières du diocèse de Paris et se répandirent très vite dans toute l’Europe latine. Elles présentent toutes un ambitus vocal important, typique de l’école cathédrale de Paris, indice du très haut art vocal qui devait alors régner dans notre cité. De nombreuses proses furent par la suite modelés sur les rythmes & chants d’Adam, celle qui est parvenue jusqu’à nous est bien sûr le Lauda Sion de la Fête-Dieu, modulé par saint Thomas d’Aquin sur le Laudes crucis d’Adam de Saint-Victor.

    La prose que nous choisissons de présenter ici le texte et le chant est celle du jeudi dans l’octave de la Pentecôte : Qui procedis ab utroque, d’Adam de Saint-Victor. Les textes liturgiques à l’Esprit Saint sont devenus au fil du temps relativement rares dans l’Eglise latine. A ce titre il peut être intéressant de redonner vie à cet ancien répertoire hymnographique médiéval de haute qualité tant spirituelle que musicale. Voici du reste ce qu’écrit dom Guéranger, qui cite notre prose dans son Année liturgique  :

    Ce prince de la poésie liturgique dans l’Occident s’est surpassé lui-même sur les louanges du divin Esprit ; et plus d’une fois dans le cours de l’Octave, nous aurons recours à son magnifique répertoire. Mais ce n’est pas seulement une œuvre de génie que nous allons reproduire ici ; c’est une prière sublime et ardente adressée au Paraclet que Jésus nous a promis et dont nous attendons la venue. Efforçons-nous de faire passer dans nos âmes les sentiments du pieux docteur du XIIe siècle, et aspirons comme lui à la descente du Consolateur qui vient renouveler la face de la terre et habiter en nous.

    Voici le chant de la prose Qui procedis ab utroque tel qu’il est donné dans l’excellent Propre de Paris publié en 1923-1925 :

     

    Qui procedis ab utroque-1 Qui procedis ab utroque-2 Qui procedis ab utroque-3 Qui procedis ab utroque-4 Qui procedis ab utroque-5

    Texte & traduction par dom Guéranger :

    Qui procedis ab utroque,
    Genitore Genitoque
    Pariter, Paraclite,
    Redde linguas eloquentes,
    Fac ferventes in te mentes
    Flamma tua divite.
    O toi qui procèdes
    du Père et du Fils,
    divin Paraclet,
    par ta flamme féconde,
    viens rendre éloquent notre organe,
    et embraser nos cœurs de tes feux.
    Amor Patris Filiique,
    Par amborum, et utrique
    Compar et consimilis,
    Cuncta reples, cuncta foves,
    Astra regis, cœlum moves,
    Permanens immobilis.
    Amour du Père et du Fils,
    l’égal des deux et
    leur semblable en essence,
    tu remplis tout, tu donnes la vie à tout ;
    dans ton repos, tu conduis les astres,
    tu règles le mouvement des cieux.
    Lumen carum, lumen clarum,
    Internarum tenebrarum
    Effugas caliginem ;
    Per te mundi sunt mundati ;
    Tu peccatum, tu peccati
    Destruis rubiginem.
    Lumière éblouissante et chérie,
    tu dissipes nos ténèbres intérieures ;
    ceux qui sont purs,
    tu les rends plus purs encore ;
    c’est toi qui fais disparaître le péché
    et la rouille qu’il apporte avec lui.
    Veritatem notam facis,
    Et ostendis viam pacis
    Et iter justitiæ.
    Perversorum corda vitas,
    Et bonorum corda ditas
    Munere scientiæ.
    Tu manifestes la vérité,
    tu montres la voie de la paix
    et celle de la justice ;
    tu fuis les cœurs pervers,
    et tu combles des trésors de ta science
    ceux qui sont droits.
    Te docente nil obscurum,
    Te præsente nil impurum ;
    Sub tua præsentia,
    Gloriatur mens jocunda ;
    Per te læta, per te munda
    Gaudet conscientia.
    Si tu enseignes, rien ne demeure obscur ;
    si tu es présent à l’âme,
    rien ne reste impur en elle ;
    tu lui apportes la joie et l’allégresse,
    et la conscience que tu as purifiée
    goûte enfin le bonheur.
    Tu commutas elementa,
    Per te suam sacramenta
    Habent efficaciam :
    Tu nocivam vim repellis,
    Tu confutas et refellis
    Hostium nequitiam.
    Ton pouvoir transforme les éléments ;
    par toi les sacrements
    obtiennent leur efficacité ;
    tu fais obstacle à la puissance mauvaise,
    tu repousses les embûches
    de nos ennemis.
    Quando venis,
    Corda lenis ;
    Quando subis,
    Atrae nubis
    Effugit obscuritas ;
    Sacer ignis,
    Pectus uris ;
    Non comburis,
    Sed a curis
    Purgas, quando visitas.
    A ta venue,
    nos cœurs sont dans le calme ;
    à ton entrée,
    le sombre nuage se dissipe ;
    feu sacré,
    tu embrases le cœur
    sans le consumer,
    et ta visite
    l’affranchit de ses angoisses.
    Mentes prius imperitas,
    Et sopitas et oblitas
    Erudis et excitas.
    Foves linguas, formas sonum.
    Cor ad bonum facit pronum
    A te data charitas.
    Des âmes jusqu’alors ignorantes,
    engourdies et insensibles,
    tu les instruis et les ranimes.
    Inspirée par toi, la langue fait entendre
    des accents que tu lui donnes ;
    la charité que tu apportes avec toi
    dispose le cœur à tout bien.
    O juvamen oppressorum,
    O solamen miserorum,
    Pauperum refugium,
    Da contemptum terrenorum :
    Ad amorem supernorum
    Trahe desiderium.
    Secours des opprimés,
    consolation des malheureux,
    refuge des pauvres,
    donne-nous de mépriser les objets terrestres ;
    entraîne notre désir
    à l’amour des choses célestes.
    Consolator et fundator,
    Habitator et amator
    Cordium humilium,
    Pelle mala, terge sordes,
    Et discordes fac concordes,
    Et affer præsidium.
    Tu consoles et tu affermis
    les cœurs humbles ;
    tu les habites et tu les aimes ;
    expulse tout mal, efface toute souillure,
    rétablis la concorde entre ceux qui sont divisés
    et apporte-nous ton secours.
    Tu qui quondam visitasti,
    Docuisti, confortasti
    Timentes discipulos,
    Visitare nos digneris ;
    Nos, si placet, consoleris
    Et credentes populos.
    Tu visitas un jour
    les disciples timides :
    par toi ils furent instruits et fortifiés ;
    daigne nous visiter aussi
    et répandre ta consolation
    sur nous et sur le peuple fidèle.
    Par majestas personarum,
    Par potestas est earum,
    Et communis deitas :
    Tu procedens a duobus
    Coæqualis es ambobus :
    In nullo disparitas.
    Égale est la majesté des divines personnes,
    égale leur puissance ;
    commune aux trois est la divinité ;
    tu procèdes des deux premières,
    semblable à l’une et à l’autre,
    et rien d’inférieur n’est en toi.
    Quia tantus es et talis,
    Quantus Pater est et qualis ;
    Servorum humilitas
    Deo Patri, Filioque
    Redemptori, tibi quoque
    Laudes reddat debitas.
    Amen.
    Aussi grand que l’est
    le Père lui-même,
    souffre que tes humbles serviteurs
    rendent à ce Dieu-Père,
    au Fils rédempteur et à toi-même
    la louange qui vous est due.
    Amen.

    Les manuscrits médiévaux parisiens présentent quelques divergences quant au chant, entre eux d’une part et avec l’édition parisienne de 1923-1925 de l’autre.
    Voici par exemple cette prose telle quelle est notée dans un missel parisien à l’usage de la Sorbonne qui date du XIIIème siècle (Bnf latin 15615, f. 366 v° à 367 v°) :

    Missel de la Sorbonne après 1239 (1)

    Missel de la Sorbonne après 1239 (2)

    Missel de la Sorbonne après 1239 (3)

    Marc-Antoine Charpentier – Veni Creator pour un dessus seul pour le catéchisme (H. 70)

    Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, du Dauphin, fils de Louis XIV, des Jésuites & de la Sainte Chapelle.
    Veni Creator pour un dessus seul pour le catéchisme (H. 70)
    1 voix (S) & basse continue.
    1 page.

    Ce Veni Creator à voix seule fait partie d’un ensemble de compositions de Marc-Antoine Charpentier destinées à être chantées lors des pauses des leçons de catéchisme. L’insertion de chants facile à mémoriser dans les catéchismes avait été promue dès le début du XVIIème siècle par les Pères de la Doctrine chrétienne, rapidement suivis par les Jésuites. La simplicité de l’air écrit par Charpentier (propre à être chanté par des enfants) n’exclue pourtant pas une grâce & une élégance certaines.

    Charpentier utilise le ton de mi mineur (« efféminé, amoureux & plaintif » selon le tableau des énergie des modes de Charpentier) pour cette hymne du Saint-Esprit, propre à représenter les soupirs de l’âme désirant la venue du Paraclet. Nous fournissons la partition dans quatre tonalités différentes : mi mineur (ton original), ré mineur, do mineur & si mineur.

    Voici le texte ancien de cette hymne, en usage en France jusqu’au début du XXème siècle  :

    Veni Creátor Spíritus,
    Mentes tuórum vísita,
    Imple supérna grátia
    Quæ tu creásti péctora.
    Viens, Esprit Créateur,
    Visite les âmes des tiens,
    Emplis de la grâce d’en-haut
    Les cœurs que tu as créés.
    Qui Paráclitus díceris,
    Donum Dei altíssimi,
    Fons vivus, ignis, cáritas,
    Et spiritális únctio.
    Toi qui est dit le Paraclet,
    Don du Dieu Très-Haut,
    Source vive, feu, amour,
    Et spirituelle onction.
    Tu septifórmis múnere,
    Dextræ Dei tu dígitus,
    Tu rite promíssum Patris,
    Sermóne ditans gúttura.
    Tu est l’Esprit aux sept dons,
    Le doigt de la dextre de Dieu,
    L’Esprit promis par le Père,
    Qui inspire nos paroles.
    Accénde lumen sénsibus,
    Infúnd(e) amórem córdibus,
    Infírma nostri córporis
    Virtúte firmans pérpeti.
    Allume en nos sens ta lumière,
    Déverse ton amour en nos cœurs,
    Guéris nos corps
    En leur conférant ta force.
    Hostem repéllas lóngius,
    Pacémque dones prótinus :
    Ductóre sic te prævio
    Vitémus omne nóxium.
    Repousse l’ennemi au loin,
    Et donne-nous la paix bien vite ;
    Sous ta conduite & ton conseil
    Nous éviterons tout danger.
    Per te sciámus da Patrem,
    Noscámus atque Fílium,
    Te utriúsque Spíritum
    Credámus omni témpore.
    Donne-nous par toi de connaître le Père,
    Que nous connaissions aussi le Fils ;
    Et qu’en toi, leur commun Esprit
    Nous croyions en tout temps.
    Glória Patri Dómino,
    Natóque qui a mórtuis
    Surréxit, ac Paráclito,
    In sæculórum sæcula. Amen.
    Gloire au Seigneur : au Père
    Et au Fils, qui des morts
    Est ressuscité, et au Paraclet,
    Dans les siècles des siècles. Amen.

    Hors du temps pascal, la doxologie finale devient :

    Sit laus Patri cum Fílio,
    Sancto simul Paráclito,
    Nobísque mittat Fílius
    Charísma Sancti Spíritus. Amen.

    Louange soit au Père & au Fils,
    De même qu’au Saint Paraclet,
    Et que le Fils nous envoie
    Les charismes du Saint-Esprit. Amen.

    Les premières mesures de la partition :

    Marc-Antoine Charpentier - Veni Creator pour un dessus seul pour le catéchisme (H. 70)

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    Marc-Antoine Charpentier - Veni Creator pour un dessus seul pour le catéchisme (H. 70)

    La Pentecôte – Fête élaguée ou restaurée ? La suppression de l’antique vigile baptismale de la Pentecôte

    La PentecôteLe missel promulgué par Paul VI le 3 avril 1969 a pratiquement éliminé l’antique usage des vigiles et des octaves pour les grandes fêtes.

    Les octaves sont désormais limitées à Pâques et à Noël. Quant aux vigiles, il n’en subsiste, pour certaines fêtes, qu’une « messe de la veille au soir » qui, souvent, passe inaperçue dans les paroisses. Il s’agit d’une anticipation de la fête et non plus d’une journée de jeûne et de préparation à celle-ci.

    La messe de la veille de Pentecôte est un cas particulier. Elle est dotée d’un choix de quatre textes pour la première lecture. Il s’agit de textes de l’Ancien Testament qui préparent au don de l’Esprit Saint. C’est tout ce qui subsiste de l’antique et riche liturgie de la vigile de la Pentecôte. Son dépouillement s’est fait en deux temps. La vigile tomba lors de la réforme des années 50, et l’octave fut abolie lors de la promulgation du nouveau missel.

    L’antique vigile de Pentecôte et son caractère baptismal

    Mgr-GromierDans une conférence devenue célèbre dans les milieux traditionnels, sur la liturgie dite « restaurée » de la Semaine sous Pie XII 1955[1], Mgr Léon Gromier déclare ceci :

    La vigile de la Pentecôte n’a plus rien de baptismal, devenue un jour comme un autre, et faisant mentir le missel dans le canon. Cette vigile était un voisin gênant, un rival redoutable ! La postérité instruite sera probablement plus sévère que ne l’est l’opinion actuelle à l’égard des pastoraux.[2]

    Il fait ici allusion à la quasi reprise de la vigile baptismale de Pâques pratiquée par les chrétiens depuis la plus haute antiquité à la veille de la Pentecôte.

    Les premiers chrétiens ont d’abord célébré la totalité du Mystère pascal, mort, résurrection et don de l’Esprit Saint lors de la grande nuit pascale. Cependant, très vite, la pédagogie de l’Eglise a mis en lumière les différents aspects de celui-ci en morcelant les célébrations selon la chronologie des évangiles.

    D’autre part, nous savons que les sacrements de l’initiation chrétienne, baptême, confirmation et eucharistie, étaient conférés autrefois aux candidats lors de la même célébration, une pratique qu’ont conservé les églises d’Orient. Je cite ici le Cardinal Schuster sur le lien intrinsèque et le caractère pourtant distinct entre le baptême et la confirmation :

    Bien que le sacrement de Baptême soit tout à fait distinct de celui de la Confirmation, celui-ci reçoit toutefois ce nom en tant que la descente du Saint-Esprit dans l’âme du fidèle complète l’œuvre de sa régénération surnaturelle. Moyennant le caractère sacramentel, il est conféré au néophyte une plus parfaite ressemblance avec Jésus Christ qui imprime le dernier sceau ou ratification à son union avec le divin Rédempteur. Le mot confirmatio était aussi employé en Espagne pour indiquer la prière invocatoire de l’Esprit saint durant la messe : Confirmatio sacramenti ; aussi l’analogie existant entre l’épiclèse – qui, à la messe, demande au Paraclet la plénitude de ses dons sur ceux qui s’approchent de la sainte Communion – et la Confirmation) que les anciens administraient immédiatement après le baptême – éclaire fort bien le sens théologique très profond qui est caché sous ce vocable de Confirmation donné au second sacrement.[3]

    Tertullien parle déjà de la célébration des baptêmes non seulement lors de la de grande vigile de Pâques, mais aussi de Pentecôte :

    « Un autre jour solennel du baptême est la Pentecôte, lorsqu’il s’est passé un assez long intervalle de temps pour disposer et instruire ceux qui doivent être baptisés » (id.).

    Le choix n’est pas innocent car lors du baptême, l’évêque pose sa main droite sur la tête du néophyte « en appelant l’Esprit saint au moyen d’une bénédiction »[4].

    Nous possédons aussi une lettre du pape Sirice (384-399)[5] à l’évêque Himère de Tarragone qui atteste cette pratique. Par ailleurs, dans une lettre aux évêques de Sicile, le pape saint Léon le Grand (440-461) exhorte ceux-ci à imiter saint Pierre, qui a baptisé trois mille personne le jour de la première Pentecôte.[6]

    Les livres liturgiques postérieurs nous donnent le schéma d’une célébration du même type que celle de la Vigile pascale, que nous trouvons dans tous les missels qui ont précédé la réforme de Trente, ainsi que dans le missel de saint Pie V, jusqu’à la réforme des années 1950.

    Dom Guéranger (1805 † 1875)Laissons à Dom Guéranger le soin de décrire cette pratique :

    Dans l’antiquité, cette journée ressemblait à celle de la veille de Pâques. Sur le soir les fidèles se rendaient à l’église pour prendre part aux solennités de l’administration du baptême. Dans la nuit qui suivait, le sacrement de la régénération était conféré aux catéchumènes que l’absence ou quelque maladie avait empêchés de se joindre aux autres dans la nuit de Pâques. Ceux qu’on n’avait pas jugés suffisamment éprouvés encore, ou dont l’instruction n’avait pas semblé assez complète, ayant satisfait aux justes exigences de l’Église, contribuaient aussi à former le groupe des aspirants à la nouvelle naissance qui se puise dans la fontaine sacrée. Au lieu des douze prophéties qui se lisaient dans la nuit de Pâques pendant que les prêtres accomplissaient sur les catéchumènes les rites préparatoires au baptême, on n’en lisait ordinairement que six ; ce qui amène à conclure que le nombre des baptisés dans la nuit de la Pentecôte était moins considérable.[7]

    Le cierge pascal reparaissait durant cette nuit de grâce, afin d’inculquer à la nouvelle recrue que faisait l’Église, le respect et l’amour envers le Fils de Dieu, qui s’est fait homme pour être « la lumière du monde ». Tous les rites que nous avons détaillés et expliqués au Samedi saint s’accomplissaient dans cette nouvelle occasion où paraissait la fécondité de l’Église, et le divin Sacrifice auquel prenaient part les heureux néophytes commençait dès avant le point du jour.[8]

    S.E. Ildefonse, cardinal Schuster, archevêque de MilanDans l’Antiquité, comme le rapporte Schuster, la célébration, au même titre que la Vigile de Pâques, se faisait au Latran durant la nuit du samedi au dimanche. Au XIIe s., elle fut anticipée dans l’après-midi. Vers la fin du jour, le pape se rendait alors à Saint-Pierre pour le chant des vêpres et des matines solennelles.

    L’extension de la célébration du baptême à d’autres jours, la pratique du baptême des enfants « quam primum » a enlevé l’exclusivité de ces célébrations à la veille de Pentecôte, réduisant cette journée au rang de préparation à la fête, au même titre que les autres vigiles, tout en lui gardant une célébration propre au caractère clairement baptismal.

    Voici comment l’introduit Pius Parsch :

    Aujourd’hui est une vigile solennelle et, par suite, un jour de pénitence complet, avec jeûne et abstinence (dans certains diocèses, cependant, cette obligation ne s’impose plus sous peine de péché ; ce n’est plus qu’un simple conseil). La vigile est toujours un jour de préparation. La maison de l’âme doit être nettoyée et parée pour la grande fête. Deux pensées occupent le chrétien qui vit avec l’Église : a) il se rappelle son baptême ; b) il se prépare à la Pentecôte.[9]

    Temps et Structure de la Vigile

    La Vigile de la Pentecôte dans le Missale Romanum de saint Pie V - Edition de 1596 de VeniseAprès none, on lit les prophéties sans titre, avec les cierges éteints, comme le Samedi Saint.

    Telle est la rubrique qui précède la célébration de la Vigile de Pentecôte dans les missels. Son heure est la même que celle de la veillée pascale. Autrefois célébrée la nuit du samedi au dimanche, anticipée ensuite dans l’après-midi, elle est tombée sous le coup du décret de saint Pie V qui imposait d’anticiper les offices à l’aube. La vigile de Pentecôte se célèbre donc le samedi matin.

    Sa structure est semblable à celle du Samedi Saint, à l’exception de la bénédiction du feu et du cierge pascal. Pius Parsch la qualifie d’imitation abrégée de l’Office du Samedi saint. Elle commence par la lecture des prophéties, suivie chacune d’un répons et d’une oraison par le célébrant. Celle-ci est précédée de l’invitation du diacre : Oremus. Flectamus genua.

    Bénédiction des eaux à la vigile de la PentecôteOn se rend alors en procession au baptistère pour la bénédiction de l’eau en chantant des versets du psaume 41 (Sicut cervus ad fontes aquarum). Après une oraison, le célébrant dit la prière de bénédiction de l’eau, comme à la Vigile pascale. On retourne alors vers l’autel en procession en chantant les litanies des saints, tandis que les célébrants vont à la sacristie afin de se revêtir les ornements de la messe.[10]

    La couleur de la vigile est le violet. On précise que le prêtre revêt la chape pour la procession vers les fonds baptismaux. Le diacre et le sous-diacre portent la « chasuble pliée ». La messe est en rouge, couleur de la Pentecôte.

    A la fin des litanies, on allume les cierges les ministres vont à l’autel, tandis que le chœur chante le Kyrie, ils récitent les prières au bas de l’autel puis le prêtre fait l’encensement et entonne le gloria, pendant lequel on sonne les cloches.[11]

    PLAN DE LA VIGILE DE PENTECOTE

    Proclamation des six prophéties :
    Lecture + répons + Flectamus genua + Oraison
    Procession aux fonts baptismaux
    Psaume 41
    Bénédiction de l’eau
    Procession vers l’autel
    Litanies des saints
    Messe

    Les prophéties

    Dans le rite primitif, on comptait douze lectures, comme à Pâques. Ce nombre fut ramené à six par saint Grégoire le Grand et fut maintenu lorsqu’au VIIIe s, sous l’influence du Sacramentaire gélasien, on rendit à la veillée pascale ses lectures originales.

    Les lectures de Pentecôte sont tirées de celles de Pâques, mais dans un ordre différent.

    Lecture Pentecôte Pâques
    1 Gn. 22 Sacrifice d’Abraham 3
    2 Ex 14 et 15 Le passage de la Mer rouge 4
    3 Dt 31 Le Testament de Moïse, le respect de la Loi 11
    4 Is 4 La libération de Jérusalem 8
    5 Bar 3 Le retour dans la Terre promise 6
    6 Ez 37 Les ossements desséchés  7

    Vision d'Ezéchiel (chapitre 37) - Viens des quatre vents, esprit, et souffle sur ces morts, afin qu’ils reviventElles sont suivies pour trois d’entre elles du même trait qu’à la Vigile pascale.

    Les oraisons qui suivent, cependant, sont différentes. Elles sont tirées du Sacramentaire grégorien[12].

    Elles insistent, chacune à sa manière, sur la continuité entre les deux Testaments, et entre le passage de l’Israël de l’Ancien Testament libéré de l’esclavage, au nouvel Israël, peuple de baptisés, libéré du péché. Nous citons ici seulement celles qui suivent la deuxième et la quatrième lecture, qui sont admirables :

    Dieu, vous avez dévoilé par la lumière de la nouvelle Alliance le sens des miracles accomplis aux premiers temps : la Mer Rouge devenant la figure de la source sacrée du baptême et le peuple libéré de l’esclavage d’Égypte manifestant les mystères du peuple chrétien : faites que toutes les nations ayant reçu par le mérite de la foi le privilège d’Israël, elles soient régénérées par la participation à votre Esprit.

    et

    Dieu éternel et Tout-Puissant, vous avez montré par votre Fils unique que vous étiez le vigneron de votre Église, soignant avec clémence tout sarment portant du fruit en votre Christ, qui est la vraie vigne, afin qu’il porte encore plus de fruits : faites que les épines du péchés ne l’emportent pas sur vos fidèles que vous avez transférés d’Égypte comme une vigne par la fontaine du baptême ; ainsi, fortifiés par la sanctification de votre Esprit, ils soient enrichis d’une récolte sans fin.

    La descente aux fonts baptismaux et la bénédiction de l’eau, qui suivent l’oraison de la sixième prophétie, reprend tous les textes de la Vigile pascale, à l’exception de la collecte qui précède la bénédiction de l’eau, qui parle de la fête du jour :

    Accordez, nous vous en prions, Dieu Tout-Puissant : à nous qui célébrons la solennité des dons du Saint-Esprit, qu’enflammés de célestes désirs, nous ayons soif de la source de la vie.

    On voit clairement, à travers ces textes, le lien intime entre baptême, don de l’Esprit Saint et vie chrétienne.

    La messe

    Litanies des saints - Missel romain de saint Pie V - édition de Venise de 1596Comme nous l’avons vu, la messe suit directement les litanies. Comme à Pâques, il n’y a pas d’introït. Ce n’est que tardivement, lorsque s’est répandu l’usage des messes privées, que l’on a ajouté l’introït « Cum sanctificatus », emprunté au mercredi de la 4ème semaine de Carême.

    Elle est le sommet de la Vigile et exprime à nouveau, d’une manière très concise, le lien entre baptême et don de l’Esprit Saint dans sa collecte :

    Faites, nous vous en supplions, Dieu tout-puissant : que la splendeur de votre clarté brille sur nous ; et que l’éclat de votre lumière confirme, par l’illumination de l’Esprit-Saint, les cœurs de ceux que votre grâce a fait renaître. Par Notre-Seigneur…

    Ce lien est encore souligné dans l’épître, tirée des Actes des Apôtres[13]. Il s’agit de la rencontre de Paul avec des disciples de Jean Baptiste. Ceux-ci n’ont « même pas entendu dire qu’il y avait un Saint Esprit », après quoi Paul les baptise « au nom de Jésus Christ ».

    Le reste de la messe est tout entier centré sur la Pentecôte, avec l’Evangile[14], où Jésus promet à ses disciples de ne pas les laisser orphelins, mais de prier le Père pour qu’Il leur envoie le Consolateur.

    La secrète et la postcommunion demandent toutes deux la purification des cœurs par l’effusion de l’Esprit Saint.

    La prière du Canon contient deux parties propres. Dans le Communicantes, ont mentionne la fête du jour :

    Unis dans une même communion et célébrant le jour très saint de la Pentecôte où l’Esprit-Saint est apparu aux Apôtres sous la forme de multiples langues de feu, et vénérant la mémoire en premier de la glorieuse Vierge Marie, Mère de Jésus-Christ notre Dieu et notre Seigneur (…)

    Tandis que l’Hanc igitur, comme à Pâques, prie pour les baptisés de la nuit :

    Ainsi donc, Seigneur, ce sacrifice que nous vous offrons et, avec tous vos enfants, aujourd’hui spécialement pour ceux que vous avez daigné régénérer par l’eau et l’Esprit-Saint en leur accordant la rémission de tous leurs péchés, …

    La réforme de 1955

    Annibale Bugnini, artisant de la réforme liturgique sous Pie XIIDans les missels d’après 1955, la Vigile de Pentecôte est désormais réduite à la messe telle qu’elle est décrite ci-dessus, avec son introït « Cum sanctificatus ». Prophéties, procession et bénédiction de l’eau ont tout simplement été abolies.

    Le caractère baptismal de la vigile a été gommé et la liturgie est tout entière tournée vers la venue de l’Esprit Saint.

    On a conservé l’épître, qui fait le lien entre les deux sacrements. Mais on peut se demander pour quelle raison on a gardé l’Hanc igitur qui intercède pour les baptisés de la nuit. Et ce, pour la vigile, le jour et l’octave de Pentecôte, comme on l’a fait à Pâques.

    Cette prière était déjà toute symbolique avant la réforme, puisqu’il n’y avait pratiquement jamais de baptêmes pendant la célébration. Cependant, elle prolongeait le caractère baptismal de la Vigile et gardait toute sa place. Sa conservation, ici, l’isole du reste de la célébration et la réduit, bien plus qu’avant, à un simple vestige.

    Le missel de 1969

    Le pape Paul VILe missel de 1969 comprend, comme nous l’avons dit plus haut, une « messe de la veille au soir ». C’est une messe d’anticipation de la Pentecôte qui, malgré l’une ou l’autre prière conservée, est bien loin de l’ancienne vigile.

    L’antienne d’ouverture n’est plus l’ancien introït « Cum sanctificatus », mais une citation de Rm 5,5 : L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par son Esprit qui habite en nous, alléluia.

    L’aspect baptismal n’est plus mentionné explicitement et l’accent est mis sur la venue de l’Esprit Saint et la clôture du Temps pascal.

    L’ancienne collecte a été conservée, mais elle sert d’alternative à une autre, que l’on cite en premier. Il s’agit, apparemment, d’une composition nouvelle :

    Dieu éternel et tout-puissant, tu as voulu que la célébration du mystère pascal se développe durant ces cinquante jours d’allégresse ; fais que les nations et les peuples dispersés se réunissent, malgré la division des langues, pour confesser ensemble ton nom. Par Jésus…

    Il s’agit ici d’une allusion à Babel, la division des langues, et à la lecture du lendemain, dans les Actes, où chacun comprend dans sa propre langue la prédication des Apôtres.

    La particularité de cette messe, unique dans le missel, est le choix entre quatre textes comme première lecture. A savoir :

    Genèse 11, 1-9 : La tour de Babel
    Exode 19, 3-20 : Dieu se manifeste dans le feu au milieu de son peuple
    Ezéchiel 37, 1-14 : Les ossements desséchés
    Joël 3, 1-5 : L’Esprit vient habiter en tous les hommes

    Mis à part le texte d’Ezéchiel, les autres sont différents des prophéties de l’antique vigile.

    La suite de la liturgie de la Parole est fixe :
    Psaume 104, 1 : Seigneur envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
    Romains 8, 22-27 : L’Esprit vient au secours de notre faiblesse
    Quant à l’évangile, on a gardé Jean 7, 37-39 : Jésus promet l’Esprit aux croyants

    Le Communicantes propre de la prière eucharistique I est celui de l’ancien missel :

    Dans la communion de toute l’Église, nous célébrons le jour très saint de la Pentecôte, où l’Esprit Saint s’est manifesté aux Apôtres par d’innombrables langues de feu ; et nous voulons nommer en premier lieu la bienheureuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur, Jésus Christ ;…

    La même formule, adaptée, est aussi reprises dans les autres prières eucharistiques, ainsi la prière III :

    C’est pourquoi nous voici rassemblés devant toi et, dans la communion de toute l’Église, nous célébrons le jour très saint de la Pentecôte, où l’Esprit Saint s’est manifesté aux Apôtres par d’innombrables langues de feu. Dieu tout-puissant, nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons :…

    Il n’y a, logiquement, plus de mention des baptisez dans le Hanc igitur ou son correspondant dans les nouvelles prières.

    La prière sur les offrandes et la postcommunion font abondamment référence à l’Esprit :

    Nous t’en prions, Seigneur, répands la bénédiction de ton Esprit sur nos offrandes ; que ton Eglise en reçoive cette charité qui fera briller dans le monde la vérité de ton salut.

    Et

    Seigneur, que cette communion nous soit profitable en nous faisant vivre de la ferveur de l’Esprit Sain dont tu as merveilleusement comblé tes apôtres.

    Quant à l’antienne de communion, elle est reprise de l’évangile :

    Le dernier jour de la fête, Jésus, debout, criait : « Qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui a soif », alléluia.

    On peut se demander pourquoi la suite de la phrase « celui qui croit en moi » n’a pas été ajoutée.

    Continuité ou rupture ?

    La tour de Babel« L’exigence de revoir et d’enrichir les formules du Missel Romain s’est fait sentir. Le premier pas d’une telle réforme a été l’œuvre de Notre Prédécesseur Pie XII, avec la réforme de la Vigile Pascale et du rite de la Semaine Sainte. C’est cette réforme qui a constitué le premier pas de l’adaptation du Missel romain à la mentalité contemporaine » ainsi s’exprime Paul VI dans la Constitution apostolique Missale romanum[15].

    Nous revenons sans cesse à la même question : Les changements survenus depuis les année 50, puis lors la réforme liturgique, sont-ils en continuité logique et historique avec l’antique rite romano-franc ou marquent-ils une rupture ?

    Ici, nous voyons une pratique séculaire supprimée purement et simplement. Cette suppression, comme le dit bien Mgr Gromier, enlève tout le caractère baptismal de ce jour et ne met l’accent que sur la venue de l’Esprit Saint. C’était sans doute le but des membres de la Commission, insister sur le baptême à Pâques, et sur la confirmation à la Pentecôte, à travers le don de l’Esprit Saint.

    Cependant, on conserve la messe sans l’aménager, alors qu’elle contient des élément qui rappellent la veillée. C’est à tout le moins une incohérence. La « restauration » des années 50, ici, n’a rien restauré du tout. Elle s’est contentée de tailler à la hache sans peaufiner le travail, en fonction de critères flous. Point n’est besoin d’une grand érudition pour se rendre compte que cette réforme fut accomplie dans la hâte et pour découvrir en elles de nombreuses incohérences.

    Quant au formulaire de 1969, il s’agit, malgré les deux reprises mentionnées, d’une création nouvelle. Actuellement, la plupart des diocèses organisent une « veillée de Pentecôte », parfois avec la messe de la veille, souvent avec le sacrement de Confirmation, mais où l’on doit faire une large place à la « création » et à la « créativité » faute de lignes directrices suffisantes fournies par le Missel.

    Loin du « développement organique »[16] cher au Père Reid, nous devons, une fois de plus, constater l’absence de logique et de continuité dans le travail des commissions. Dans ce cas, on a surtout supprimé, laissant ainsi le vide et créant une large place pour l’improvisation. Plus, peut-être que pour tous les autres jours de l’année liturgique, les pratiques de la veille de Pentecôte de lieu en lieu nous montrent une diversité qui n’est pas sans rappeler l’une des lectures offertes au choix des célébrants : celle de Babel.

    Bibliographie

    • SCHUSTER, I., Liber Sacramentorum. Notes historiques et liturgiques sur le Missel romain. Tome IV : Le baptême dans l’Esprit et dans le feu (la Sainte liturgie durant le cycle pascal). Bruxelles, 1939.
    • GUERANGER P., L’année liturgique, Tome ii : Le Temps pascal, Mame & Fils, Paris, 1920,
    • PARSCH, P., The Church’s Year of Grace, Liturgical Press, Collegeville, 1953.
    • REID A., The Organic Development of the Liturgy, St Michael’s Abbey Press, Farnborough 2004

    ***********************

    Notes :    (↵ reviens au texte)
    1. Voir ce lien : http://www.schola-sainte-cecile.com/2011/03/29/la-reforme-de-la-semaine-sainte-de-1955-presentation-generale
    2. On trouvera le texte complet de cette conférence ici.
    3. Schuster, I., Liber Sacramentorum. Notes historiques et liturgiques sur le Missel romain. Tome IV : Le baptême dans l’Esprit et dans le feu (la Sainte liturgie durant le cycle pascal). Bruxelles, 1939.
    4. Tertullien, De Baptismo 8, 1
    5. Epist. ad Himerium cap. 2 : Patrologia Latina vol. XIII, col. 1131B-1148A
    6. Epist. XVI ad universos episcopos per Siciliam constitutos : P.L. LIV col. 695B-704A
    7. Pendant la lecture des Prophéties le Samedi Saint, les Prêtres terminaient les rites préparatoires au Baptême sur les catéchumènes, cérémonies qui prenaient un certain temps : d’où le commentaire de Dom Guéranger sur la relative brièveté des Prophéties.
    8. GUERANGER P., L’année liturgique, Tome ii : Le Temps pascal, Mame & Fils, Paris, 1920, p. 260
    9. PARSCH, P., The Church’s Year of Grace, Liturgical Press, Collegeville, 1953.
    10. La rubrique précise : Là où il n’y a pas de Fonts, quand la sixième Prophétie avec son Oraison ont été dites, le Célébrant dépose la Chasuble, et se prosterne devant l’Autel avec ses Ministres : et, tous les autres étant à genoux, les Litanies sont chantées par deux Chantres au milieu du Chœur, les deux Chœurs répondant ensemble. Quand on arrive au verset Peccatóres, Te rogámus, le Prêtre et les Ministres se lèvent et se rendant à la sacristie, ils revêtent les ornements rouges ; on allume les cierges de l’Autel.
    11. Citons encore la rubrique : A la fin des Litanies, on chante solennellement le Kýrie, eléison pour la Messe et on le répète selon l’usage. Pendant ce temps, le Prêtre avec les Ministres s’avance à l’Autel, et fait la confession : ensuite, y montant, il le baise et l’encense selon l’usage. A la fin du Kýrie, eléison, on commence solennellement le Glória in excélsis Deo, et on sonne les cloches.
    12. Ce manuscrit, répertorié Codex Regina 337, a été récemment mis en ligne par la Bibliothèque vaticane. Il date du VIIIème siècle et reflète la liturgie papale pratiquée au Latran, issue de l’organisation de la liturgie opérée par le pape saint Grégoire le Grand et poursuivie par ses successeurs jusqu’à l’époque du pape Hadrien Ier († 795), qui l’envoya à Charlemagne lorsque celui-ci voulut établir la liturgie romaine dans tout son empire. Le Codex Regina 337 a été analysé par H. A. Wilson dans son ouvrage The Gregorian sacramentary under Charles the Great, publié par la Henry Bradshaw Society à Londres en 1915.
    13. Actes 19, 1-8.
    14. Jean, 14, 15-21.
    15. 3 avril 1969.
    16. Alcuin Reid OSB, The Organic Development of the Liturgy, St Michael’s Abbey Press, Farnborough 2004.

    Catéchisme sur la Pentecôte

    Pentecôte

    Demande. Quelle fête L’Eglise célèbre-t-elle le dimanche qui tombe cinquante jours après Pâques ?
    Réponse. L’Eglise célèbre la Fête de la Pentecôte, c’est-à-dire le cinquantième jour après Pâques, jour auquel le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres.

    D. Où étaient les Apôtres lorsque le Saint-Esprit descendit sur eux ?
    R. Les Apôtres étaient au cénacle avec plusieurs disciples, ayant la Sainte Vierge à leur tête.
    Explication. Les Apôtres avaient reçu ordre de Jésus-Christ d’attendre dans Jérusalem l’effet de ses promesses : ils devaient être revêtus de la force d’en haut & recevoir l’esprit de vérité. Dociles à ce commandement, ils se renfermèrent dans le cénacle avec d’autres disciples, en sorte qu’ils étaient environ cint vingt, ayant le bonheur d’avoir à leur tête l’auguste Mère de Dieu.

    D. Qu’est-ce que les Apôtres faisaient au cénacle ?
    R. Les Apôtres se disposaient par le jeûne, la prière & la retraite à recevoir le Saint-Esprit.

    D. Sous quelle forme le Saint-Esprit descendit-il sur les Apôtres ?
    R. Le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres en forme de langue de feu.
    Explication. Les Apôtres & les disciples avec la Mère de Dieu étant tous rassemblés dans la salle où ils avaient coûtume de faire leurs prières, vers les neuf heures du matin, on entendit tout-à-coup un grand bruit, comme celui d’un vent violent & impétueux, qui ébranla toute la maison & se fit entendre dans tout Jérusalem ; on vit paraître ensuite comme un globe de feu, dont les flammes s’étant séparées en forme de langues, allèrent se fixer sur la tête de chacun d’eux.

    D. Pourquoi le Saint-Esprit descendit-il sur les Apôtres en forme de feu ?
    R. Pour marquer la lumière dont il éclairait leurs esprits & l’amour dont il embrasait leurs cœurs.

    D. Pourquoi le Saint-Esprit prit-il la forme de langues ?
    R. Pour marquer que les Apôtres devaient annoncer l’Evangile dans tout l’univers.
    Explication. Le Saint-Esprit ne pouvait choisir, en descendant sur les Apôtres, des symboles plus énergiques : le feu éclaire & embrase ; rien ne marque mieux la lumière dont il éclairait les Apôtres : le feu est actif & ardent ; rien qui désigne mieux l’amour dont il les pénétrait : les langues qui se partagèrent & se reposèrent sur chacun d’eux ne montraient pas moins sensiblement que les Apôtres devaient annoncer à toutes les Nations les merveilles admirables dont ils étaient les heureux témoins.

    D. Quel effet la descente du Saint-Esprit produisit-elle sur les Apôtres ?
    R. Les Apôtres furent changés en hommes nouveaux, pleins de zèle & de courage, & ils furent confirmés en grâce.
    Explication. Avant la descente du Saint-Esprit les Apôtres, malgré les instructions du Sauveur, étaient encore grossiers, imparfaits, timides ; mais à peine eurent-ils reçu le Saint-Esprit, qu’ils devinrent des hommes nouveaux ; plus de crainte, plus de faiblesse, rien d’humain. Saint Pierre, comme étant le chef, annonce hardiment l’Evangile à une multitude immense accourue au bruit qui s’était fait ; sa parole fut si efficace, qu’il convertit trois mille personnes dans son premier discours, & cinq mille quelques jours après dans un autre.

    D. Quel miracle arriva-t-il à la première prédication de saint Pierre ?
    R. Saint Pierre & les autres Apôtres reçurent le don des langues.
    Explication. La Fête de la Pentecôte étant très célèbre à Jérusalem, y avait attiré des Juifs, dispersés alors dans presque toutes les Nations : Il y avait des Parthes, des Mèdes, des Persans ; d’autres étaient de la Mésopotamie, de la Judée, de la Cappadoce, de la Province du Pont, de l’Asie mineure, de la Phrygie, de la Lybie vers Cyrène ; il y avait aussi des Romains, des Juifs naturels, des Prosélites, c’est-à-dire des Gentils qui avaient embrassé le Judaïsme. Tous ces hommes de différentes nations parlaient des langues différentes. Quelle fut leur surprise lorsqu’ils entendirent tous saint Pierre, comme si cet Apôtre eût parlé la langue de chacun d’eux ? Ils ne purent s’empêcher d’admirer la puissance de Dieu qui éclatait si visiblement, en se servant pour les instruire tous à la fois de pauvres idiots, qui auparavant savaient à peine parler leur langue naturelle. Ce miracle frappant, & conséquemment la vérité de la Religion, se répandit promptement dans les contrées les plus éloignées par le récit que firent des merveilles qu’ils avaient vues des hommes de tant de nations, rassemblés alors dans une capitale immense, & en relation avec les Romains alors maîtres du monde.

    D. Le Saint-Esprit n’est-il descendu que sur les Apôtres ?
    R. Il descend encore sur tous ceux qui se préparent dignement à le recevoir.
    Explication. Dans le commencement de l’Eglise le Saint-Esprit descendait visiblement sur un grand nombre de ceux qui recevaient le baptême & à qui les Apôtres imposaient les mains, c’est-à-dire à qui ils conféraient le Sacrement de Confirmation. Ils descend invisiblement, mais réellement sur ceux qui se disposent à le recevoir. Les chrétiens sont les temples du Saint-Esprit : ils le reçoivent dans le baptême, & plus abondamment dans la confirmation : ils le reçoivent encore avec la grâce lorsqu’ils s’approchent dignement des sacrements.

    D. Qu’est-ce qu’on attribue particulièrement au Saint-Esprit ?
    R. On lui attribue le gouvernement de l’Eglise.
    Explication. Quoique les trois personnes de l’Auguste Trinité contribuent également au gouvernement de l’Eglise, néanmoins on l’attribue spécialement au Saint-Esprit. Il a paru bon au Saint-Esprit & à nous, dirent les Apôtres dans le premier concile tenu à Jérusalem ; & ça été le langage de l’Eglise dans tous les temps. Cette assistance particulière de l’Esprit Saint lui assure la prérogative unique de conserver le dogme & la morale dans toute leur pureté, comme elle les a conservé en effet depuis Jésus-Christ jusqu’à nous ; en ce point bien différente de cette multitude de sectes qui n’ont de fixe dans leur créance que des variations sans nombre, qui font voir clairement qu’elles ne sont pas les épouses de Jésus-Christ.

    D. Quelle est la manière de sanctifier la Fête de la Pentecôte ?
    R. C’est de demander avec ardeur la grâce de recevoir le Saint-Esprit.

    D. Que faut-il faire encore ?
    R. Il faut conserver la grâce & suivre avec fidélité les inspirations du Saint-Esprit.
    Explication. Il faut bien se garder d’éteindre cet Esprit de lumière en résistant à ses inspirations, ou de le contrister par quelque infidélité : on doit se souvenir que l’Esprit de Dieu n’habite point avec les pécheurs, qu’il n’aime point ceux dont la vie n’est qu’une continuelle dissipation, qu’il est un Dieu de paix qui fait les délices d’être avec les humbles.

    D. Quel fruit devons-nous retirer de ce catéchisme ?
    R. Nous devons demander au Saint-Esprit d’embraser nos cœurs de son amour & de nous rendre fidèles à ses inspirations.

    D. Comment ferez-vous cette prière ?
    R. Esprit Saint, embrasez mon cœur de votre amour, & faites que je sois docile à vos saintes inspirations.

    Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

    Enregistrement : dimanche de la Pentecôte

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    IIndes vêpres du dimanche de la Pentecôte. Au salut du Très-Saint Sacrement :

    Les fichiers MP3 sont téléchargeables ici.

    La Pentecôte par Juan Bautista Maino (1581 † 1649)

    Programme du dimanche de la Pentecôte

    Saint-Eugène, le dimanche 15 mai 2016, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

    Sous le règne des figures, le Seigneur marqua déjà la gloire future du cinquantième jour. Israël avait opéré, sous les auspices de l’agneau de la Pâque, son passage à travers les eaux de la mer Rouge. Sept semaines s’écoulèrent dans ce désert qui devait conduire à la terre promise, et le jour qui suivit les sept semaines fut celui où l’alliance fut scellée entre Dieu et son peuple. La Pentecôte (le cinquantième jour) fut marquée par la promulgation des dix préceptes de la loi divine, et ce grand souvenir resta dans Israël avec la commémoration annuelle d’un tel événement. Mais ainsi que la Pâque, la Pentecôte était prophétique : il devait y avoir une seconde Pentecôte pour tous les peuples, de même qu’une seconde Pâque pour le rachat du genre humain. Au Fils de Dieu, vainqueur de la mort, la Pâque avec tous ses triomphes ; à l’Esprit-Saint, la Pentecôte, qui le voit entrer comme législateur dans le monde placé désormais sous sa loi.

    Mais quelle dissemblance entre les deux Pentecôtes ! La première sur les rochers sauvages de l’Arabie, au milieu des éclairs et des tonnerres, intimant une loi gravée sur des tables de pierre ; la seconde en Jérusalem, sur laquelle la malédiction n’a pas éclaté encore, parce qu’elle contient dans son sein jusqu’à cette heure les prémices du peuple nouveau sur lequel doit s’exercer l’empire de l’Esprit d’amour. En cette seconde Pentecôte, le ciel ne s’assombrit pas, on n’entend pas le roulement de la foudre ; les cœurs des hommes ne sont pas glacés d’effroi comme autour du Sinaï ; ils battent sous l’impression du repentir et de la reconnaissance. Un feu divin s’est emparé d’eux, et ce feu embrasera la terre entière. Jésus avait dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et quel est mon vœu, sinon de le voir s’éprendre ? » L’heure est venue, et celui qui en Dieu est l’Amour, la flamme éternelle et incréée, descend du ciel pour remplir l’intention miséricordieuse de l’Emmanuel.
    Dom Guéranger.

    La descente du Saint-Esprit sur les Apôtres au Cénacle étant survenue à la troisième heure du jour, l’heure de Tierce est aujourd’hui célébrée très solennellement. Son hymne usuelle, Nunc Sancte nobis Spiritus est en ce jour remplacée par le chant solennel du Veni Creator. En France, il est de coutume que là où l’on ne peut chanter l’office de Tierce, la grand’messe de la Pentecôte soit précédée du chant public du Veni Creator, auquel une indulgence plénière est accordée en ce jour aux conditions ordinaires.

    > Catéchisme sur la Pentecôte

    IIndes vêpres du dimanche de la Pentecôte. Au salut du Très-Saint Sacrement :

    • Motet d’exposition : O salutaris sur le ton de Veni Creator
    • A la Bienheureuse Vierge Marie : Regina cœli – solennel, du VIème ton
    • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Oremus pro Pontifice nostro du VIème ton, pour le Temps pascal.
    • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo nancéen – mélodie du Ier ton en usage dans le diocèse de Nancy
    • Chant d’action de grâces pascal : Beata nobis gaudia, hymne de la Pentecôte, à laudes – texte de saint Hilaire de Poitiers († 367), père & docteur de l’Eglise – plain-chant d’après Charles de Courbes (1622)

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    La sainte messe sera chantée pendant l’octave de la Pentecôte : du mardi au vendredi à 19h et le samedi (samedi des Quatre-Temps) à 9h30. Pas de messe chantée le lundi en raison du Pèlerinage de Chartres.

    Programme du dimanche des Myrrhophores – ton 2

    Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 15 mai 2016 du calendrier grégorien – 2 mai 2016 du calendrier julien, divine liturgie de saint Jean Chrysostome de 9h15.

    Le dimanche de la troisième semaine de Pâques, l’Eglise byzantine honore les saintes femmes Myrrhophores (porteuses de myrrhe), qui ont embaumé le corps du Seigneur, ainsi que ceux qui contribuèrent à son ensevelissement : Joseph d’Arimathie et Nicodème. Ce dimanche constitue donc une synaxe de tous les témoins de l’ensevelissement et de la résurrection du Christ (comme la synaxe de la Mère de Dieu suit le jour de Noël ou la synaxe de Jean le Baptiste suit la Théophanie). L’évangile de la divine liturgie de ce jour est tiré de Marc 15, 43 à 16, 8, et relate l’ensevelissement & la résurrection du Christ. Il constitue une dérogation dans la lecture continue de l’évangile de saint Jean pendant le temps pascal. L’origine de cette fête est Constantinopolitaine (à l’origine, à Jérusalem, Marc 15, 43 – 16, 8 était précisément l’évangile du jour de Pâques – on y lisait Jean 2, 1-11 le troisième dimanche de Pâques).

    Saint Joseph d'Arimathie vient demander à Pilate de lui donner le corps de Notre Seigneur après sa mort en CroixJoseph d’Arimathie était membre du Sanhédrin (Luc 23, 50 – Marc 15, 43). En cette qualité, il a dû prendre part au jugement qui a condamné Jésus, « mais il n’avait pas donné son assentiment à leur décision & à leur acte, car c’était un homme bon & juste » (Luc 23, 51). Il s’était fait disciple de Notre Seigneur (Matthieu 27, 57), mais en secret, par crainte des Juifs (Jean 19, 38). Il était riche (Matthieu 27, 57), notable & grand (Marc 15, 43), aussi la liturgie byzantine le désigne sous l’appellation du « noble Joseph ». Il était originaire d’Arimathie (aujourd’hui Rentis, au Nord-Est de Lydda), mais devait habiter Jérusalem puisqu’il s’y était fait tailler son tombeau dans le roc, à la manière des riches.

    Quoique craintif de se déclarer pour Jésus au milieu du Sanhédrin, Joseph ose entreprendre la démarche auprès de Pilate pour ensevelir le corps de Jésus. D’après la coutume juive, les corps des suppliciés devaient être jetés dans des fosses communes qui étaient la propriété des tribunaux. Aussi Joseph s’adresse-t-il à Pilate, car la loi romaine concédait le cadavre d’un supplicié aux amis ou aux parents qui le réclamaient. Pilate, étonné de ce que Jésus fut décédé si tôt, ne fit pas de difficulté pour accorder à Joseph la faveur de rendre les derniers devoirs au corps du Christ.

    Joseph descendit donc le corps de Jésus de la Croix, aidé vraisemblablement par les quelques disciples encore présents, probablement saint Jean, mais surtout Nicodème, explicitement nommé (Jean 19, 39). Comme Joseph, Nicodème fait partie du Sanhédrin (Jean 3, 1). Pendant que Joseph faisait les démarches auprès de Pilate, Nicodème avait dû aller acheter précipitamment les aromates nécessaires à l’ensevelissement, en se souciant semble-t-il de la quantité plus que de la qualité : environ 100 livres (soit 32 kg 700) d’une mixture de myrrhe & d’aloès.

    Le corps de Jésus, descendu de la Croix, a probablement d’abord été lavé. On y versa les aromates et on l’enveloppa dans un suaire propre (Matthieu 27, 59) avec plusieurs autres linges (bandelettes & pièces de linceuls cf. Jean 19, 40 – Luc 23, 53 – Marc 15, 46 – Matthieu 27, 58). Les saintes femmes durent prêter main forte à Joseph & Nicodème pour la toilette funéraire, mais celle-ci dû être faite à la hâte et de façon incomplète, car le crépuscule approchait et l’on entrait dans le grand Sabbat de la Pâques où tout travail de ce genre était prohibé.

    Jésus n’ayant pas de tombeau, Joseph lui céda le sien (Matthieu 27, 60) : un tombeau aristocratique tout neuf qui venait d’être taillé dans le roc, dans un enclôt tout près du Golgotha. Le corps de Jésus fut placé sur la banquette de pierre et Joseph roula la grande pierre prévue pour servir de fermeture au tombeau.

    Les saintes femmes qui avaient aidé à la toilette funèbre observèrent soigneusement où on avait placé le corps de Jésus : elles étaient décidées à accomplir à nouveau la toilette funèbre plus dignement et plus complètement, avec des onguents de grand prix, très tôt le dimanche matin, une fois le Sabbat de Pâques passé.

    Dans la tradition orientale, ces saintes femmes myrrhophores – au nombre de 7 – sont les suivantes :

    1. Marie Madeleine (Marie de Magdala) (la seule mentionnée par Jean 20, 1), de qui Jésus avait chassé sept démons, la première arrivée au tombeau le dimanche matin (peut-être parce que les autres avaient été retardées par l’achat de nouvelles aromates),
    2. Marie de Jacques, femme de Cléophas (ou Clopas dit aussi Alphée) et mère de Jacques le Mineur et de Joseph (ou Joset), sœur de la Sainte Vierge (en réalité sa belle-sœur, Cléophas étant frère de Joseph) et donc tante de Jésus (cf. Jean 19, 25). Ses quatre fils Jacques, Joseph, Simon & Jude sont les cousins germains de Jésus, que l’évangile, à la manière sémite, désigne sous le nom de « frères » du Seigneur.
    3. Salomé (ou Marie Salomé), femme de Zébédée et mère des apôtres Jacques le Majeur & Jean l’Evangéliste, vraisemblablement eux aussi de la parenté de la Sainte Vierge et de saint Joseph.
    Ces trois myrrhophores – appelées en Occident « les 3 Marie » – sont spécialement mentionnées par les 4 évangiles (Matthieu 27, 56 et 28, 1 – Marc 15, 40 et 16,1 – Luc 24, 10 – Jean 19, 25). Cependant, elles n’étaient pas les seules (cf. Luc 24, 10 : « celles qui leur firent ce rapport étaient Marie-Madeleine, Jeanne & Marie, mère de Jacques, et les autres qui étaient avec elles »), et la tradition leur associe les suivantes :
    4. Jeanne, femme de Chusa qui était intendant d’Hérode Antipas (citée nommément donc par Luc 24, 10).
    5. Suzanne, citée parmi les femmes qui accompagnaient Jésus et l’assistaient de leurs biens (Luc 8, 3).
    6. & 7. Marthe & Marie, les deux sœurs de Lazare.

    La tradition iconographique leur associe également la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, qui, ayant assisté avec saint Jean à la mort de son fils, dût être présente lors de la déposition de la croix et des cérémonies de l’ensevelissement, conduites par Joseph d’Arimathie assisté de Nicodème.

    Les femmes myrrhophores furent parmi les premières à suivre Jésus et soutenaient la troupe apostolique de leurs services & de leurs ressources. Elles lui furent fidèles jusqu’au bout, malgré l’échec apparent, au pied de la Croix, tandis que les disciples se tenaient loin. En récompense de la constance inébranlable de leur amour et de leur fidélité, c’est à elles qu’est confiée la première annonce de la résurrection.

    Aux heures
    A tierce & à sexte : Tropaire du dimanche, ton 2. Gloire au Père. Tropaire de la fête (Le Noble Joseph). Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion de la fête.

    Tropaires des Béatitudes : 4 tropaires du dimanche, ton 2, & 4 tropaires de la 6ème ode du canon du Triode fleuri :
    1. Reprenant la prière du bon Larron, * ô Christ, nous te disons : * Souviens-toi de nous, Seigneur, ** quand tu entreras dans ton royaume.
    2. Ta croix, nous te l’offrons * pour la rémission de nos péchés : * Seigneur, tu l’as supportée ** par amour pour les hommes.
    3. Devant ta Sépulture & ta sainte Résurrection, * Maître, nous nous prosternons : * par elles tu rachetas de la corruption, ** Ami des hommes, le monde entier.
    4. Seigneur, l’empire de la Mort * par ta mort fut englouti, * & par ta sainte Résurrection, ** Dieu sauveur, tu as sauvé l’univers.
    5. Au plus profond de l’Enfer, * lorsqu’ils virent ta clarté, * ceux qui dormaient dans les ténèbres de la mort, ** ô Christ, se levèrent, ressuscités.
    6. Ressuscité du tombeau, * tu vins au-devant des Myrophores, * et les Disciples reçurent la mission ** de proclamer ta Résurrection.
    7. Ressuscité du tombeau, toi qui pillas l’Enfer, * tu vivifias les morts et par ta résurrection * m’ouvris les immortelles sources : * délivre-moi, Sauveur, du lien de mes passions, ** car tout ce que tu veux, tu le peux accomplir.
    8. Que rougissent les méchants, puisque le Christ * est ressuscité, réveillant les morts et leur criant : * « Courage, j’ai vaincu le monde ! » * Croyez en lui ou bien restez muets, ** vous qui rejetez sa résurrection !
    9. Aux Myrophores tu as dit : Réjouissez-vous ! * lorsque du sépulcre tu fus ressuscité, * et tu fis proclamer ta Résurrection par les Apôtres ; * délivre-moi, Sauveur, du lien de mes passions, ** car tout ce que tu veux, tu le peux accomplir.
    10. Honorons le noble Joseph, partisan de la piété, * membre du Conseil et disciple du Seigneur, * chantons aussi les Myrophores et les Apôtres ; * avec eux tous, fidèles, célébrons ** joyeusement la Résurrection du Sauveur.

    A la petite entrée :
    1. Tropaire du dimanche, ton 2 : Lorsque tu t’es abaissé jusqu’à la mort, toi l’immortelle vie, * tu as terrassé les enfers par l’éclat de ta divinité. * Lorsque tu as ressuscité les défunts de dessous la terre, * toutes les puissances des cieux ce sont écriées : ** « O Christ, qui donnes la vie, notre Dieu, gloire à toi ! »
    2. Tropaire de Joseph d’Arimathie, ton 2 : Le noble Joseph, * ayant descendu de la croix ton corps immaculé, * l’enveloppa d’un linceul blanc avec des aromates * et le coucha avec soin dans un tombeau neuf ; * mais tu es ressuscité le troisième jour, Seigneur, ** faisant au monde grande miséricorde.
    3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
    4. Kondakion des Myrrhophores, ton 2 : Ayant dit aux Myrrhophores « Réjouissez-vous », * tu as fait cesser par ta Résurrection, ô Christ Dieu, * les gémissements d’Eve, notre première mère. * Mais à tes apôtres tu as donné l’ordre de prêcher : ** « Le Sauveur est ressuscité du tombeau ».
    5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
    6. Kondakion de Pâques, ton 8 : Lorsque tu gisais dans le tombeau, Seigneur immortel, * tu as brisé la puissance de l’Enfer, * et tu es ressuscité victorieusement, ô Christ notre Dieu, * ordonnant aux Myrrhophores de se réjouir, * visitant tes Apôtres et leur donnant la paix, ** toi qui nous sauves en nous accordant la résurrection.

    Prokimen
    Des Myrrhophores, ton 6 :
    R/. Sauve, Seigneur ton peuple * et béni ton héritage.
    V/. Vers Toi, Seigneur, j’appelle : mon Dieu, ne sois pas sourd envers moi.

    Epître : Actes des Apôtres (§ 16) VI, 1-7 (L’institution des diacres par les Apôtres).
    Choisissez donc, frères, sept hommes d’entre vous d’une probité reconnue, pleins de l’Esprit-Saint et de sagesse, à qui nous commettions ce ministère.

    Alleluia
    Des Myrophores, ton 8 :
    V/. Tu aimes ton pays, Seigneur, tu fais revenir les captifs de Jacob.
    V/. Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent.

    Evangile : Marc (§ 69) XV, 43 à XVI, 8.
    Joseph d’Arimathie, qui était un homme de considération et sénateur, et qui attendait aussi le royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus.

    A la commémoraison de la Très-Sainte Mère de Dieu durant l’anaphore eucharistique
    L’ange chanta à la Pleine de grâce : Réjouis-toi, Vierge très pure, je répète, réjouis-toi ! Ton Fils en vérité est ressuscité après trois passés dans le tombeau ; et Il a redressé les morts : fidèles, soyez dans l’allégresse !
    (Hirmos 🙂 Resplendis, resplendis, nouvelle Jérusalem, car sur toi la gloire du Seigneur s’est levée. Réjouis-toi et exulte, Sion, et toi, Mère de Dieu très pure, réjouis-toi, car ton Fils est ressuscité ! Alléluia !

    Verset de communion
    De Pâques : Recevez le corps du Christ, goûtez à la source immortelle.
    Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux (Psaume 148, 1). Alleluia, alleluia, alleluia.

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