Programme du dimanche de Pâques

Saint-Eugène, le dimanche 21 avril 2019, grand’messe de 11h. Vêpres stationnales du saint jour de Pâques avec processions aux fonts baptismaux à 17h30.

Il faut remarquer de plus pourquoi l’Ange fut aperçu assis à droite. Que signifie la gauche, sinon la vie présente ? Que désigne la droite, sinon la vie éternelle ? De là vient qu’il est écrit dans le Cantique des cantiques : « Sa main gauche est sous ma tête et sa main droite m’embrassera. » Comme notre Rédempteur avait déjà dépassé la vie présente qui est corruptible, c’est avec raison que l’Ange ayant mission d’annoncer son entrée dans la vie éternelle, se montrait assis à droite. Il apparut couvert d’une robe blanche, parce qu’il venait proclamer la joie de notre grande fête. La blancheur de son vêtement exprime en effet la splendeur de notre solennité. L’appellerons-nous nôtre ou sienne ? Disons mieux : cette solennité est sienne et elle est nôtre. Car si la résurrection de notre Rédempteur a été notre bonheur, en ce qu’elle nous a ramenés à l’immortalité ; elle a fait aussi la joie des Anges, puisque, en nous rappelant au Ciel, elle complète leur nombre.
Homélie de saint Grégoire le Grand, pape, IInde leçon des vigiles nocturnes du jour de Pâques, au nocturne.

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Christus resurgens ex mortuisSaint-Eugène, le dimanche 21 avril 2019, vêpres stationnales du saint jour de Pâques avec processions aux fonts baptismaux à 17h30.

LA OU IL Y A DES FONTS BAPTISMAUX.
(D’après l’Ancien Ordre Romain).

Les secondes vêpres de la solennité pascale dans le propre de Paris possèdent un caractère très particulier : après une première partie au chœur, le clergé et les fidèles vont en procession aux fonts baptismaux, qui sont encensés puis reviennent en marquant une station devant le crucifix de la nef.

Loin d’être d’origine parisienne, cette cérémonie est romaine et remonte aux premiers temps de l’Eglise. Elle est décrite par les anciens Ordines Romani des VIIème – XIème siècles, qui les désignent sous le nom de vêpres triples : le pape commençait cet office dans Saint-Jean-de-Latran, la cathédrale de Rome, puis on allait en procession au baptistère du Latran et on terminait l’office à Saint-André de la Croix, monastère annexé à la basilique du Latran. La même cérémonie s’observait toute l’octave de Pâques jusqu’au dimanche in Albis inclusivement.

Au cours de cette cérémonie se chantaient de nombreux Alleluia, dont les versets étaient alternativement en grec ou en latin. La présence de ces chants et le témoignage de saint Grégoire le Grand laissent entendre que cette cérémonie a été importée à Rome du temps du pape saint Damase (366 – 384) par saint Jérôme, à l’imitation de ce qui se pratiquait alors à Jérusalem dans la basilique de la Résurrection (le « Saint Sépulcre »). A Jérusalem, les vêpres du soir de Pâques et de son octave commençaient dans la basilique, puis allaient pareillement aux fonts baptismaux et se terminaient dans la chapelle élevée sur le lieu même du Golgotha. Les catéchumènes baptisés dans la nuit de Pâques faisaient cette procession avec les aubes blanches qu’on leur avait remises au baptême, et l’évêque de Jérusalem leur faisait chaque jour la catéchèse pour leur expliquer le sens des mystères qu’ils avaient reçus (on possède ainsi les Catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem pour ces cérémonies). De là vient le nom que l’on donne à toute l’octave de Pâques, in Albis. L’usage parisien en conserve le souvenir en faisant porter aux chantres de cet office non des chapes comme à l’ordinaire, mais des aubes parées.

L’exil de la papauté à Avignon entraîna au XIVème siècle la disparition de ce vénérable office basilical, l’office romain se contentant dès lors de reprendre les antiennes des laudes de Pâques pour les vêpres. Toutefois, la plupart des diocèses de France et de Rhénanie continuèrent à observer cette vénérable tradition, qui fut incluse dans les différents propres diocésains du XIXème et XXème siècles.

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Après les vêpres stationnales : au salut du Très-Saint Sacrement :

Programme du dimanche des Rameaux – Entrée du Seigneur à Jérusalem

Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 21 avril 2019 du calendrier grégorien – 8 avril 2019 du calendrier julien, matines puis divine liturgie de saint Jean Chrysostome à 8h55.

Le dimanche des Rameaux – ou l’Entrée du Seigneur à Jérusalem, selon la terminologie des livres liturgiques byzantins – est une fête du Seigneur, l’une des 12 grandes fêtes de l’année liturgique byzantine. Sa célébration supprime donc l’office habituel du dimanche dans l’Octoèque. En raison du caractère festif de ce jour, c’est l’un des très rares jours où l’usage du poisson est autorisé au cours du grand Carême byzantin.

La bénédiction des rameaux se fait après l’évangile de matines et la distribution de ceux-ci pendant les stichères du psaume 50 et le canon de la fête.

Evangile de matines
De la fête : Matthieu (§ 83), XXI, 1-11, 15-17.
Une grande multitude de peuple étendit aussi ses vêtements le long du chemin ; les autres coupaient des branches d’arbres, et les jetaient par où il passait.

[Aux heures
A tierce & à sexte : 1er tropaire de la fête. Gloire au Père. 2nd tropaire de la fête. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : de la fête.]

A LA DIVINE LITURGIE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME

Première antienne, Psaume 114, ton 2
J’ai aimé, car le Seigneur entend la voix de ma prière.
R/. Par les prières de la Mère de Dieu, Sauveur, sauve-nous.
Car il a incliné vers moi son oreille, et je l’invoquerai tous les jours de ma vie.
Les douleurs de la mort m’ont environné et les périls de l’enfer sont venus sur moi.
J’ai trouvé la tribulation et la douleur et j’ai invoqué le Nom du Seigneur.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Seconde antienne, Psaume 115, ton 2
J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ; et je me suis profondément humilié.
R/. Sauve-nous, ô Fils de Dieu, qui trônes sur un ânon, nous qui te chantons : Alléluia !
Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné ?
Je prendrai le calice du salut et j’invoquerai le Nom du Seigneur.
J’acquitterai mes vœux au Seigneur, devant tout son peuple.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Troisième antienne, Psaume 117, ton 1
Confessez le Seigneur car il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
Tropaire, ton 1 : Avant ta Passion * tu t’es fait le garant de notre commune résurrection, * en ressuscitant Lazare d’entre les morts, ô Christ Dieu. * C’est pourquoi nous aussi comme les enfants portant les symboles de la victoire, * nous te chantons, à toi le vainqueur de la mort : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
Que la maison d’Israël le dise : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
Que la maison d’Aaron le dise : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
Que tous ceux qui craignent le Seigneur le disent : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.

A la petite entrée :
1. Isodikon de la fête : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! * Soyez béni de la maison du Seigneur, le Seigneur est Dieu, et il nous est apparu.
2. Tropaire de la fête, ton 1 : Avant ta Passion * tu t’es fait le garant de notre commune résurrection, * en ressuscitant Lazare d’entre les morts, ô Christ Dieu. * C’est pourquoi nous aussi comme les enfants portant les symboles de la victoire, * nous te chantons, à toi le vainqueur de la mort : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Autre tropaire de la fête, ton 4 : Ensevelis avec toi par le baptême, ô Christ notre Dieu, * nous avons été rendus dignes de la vie immortelle par ta résurrection * et nous te clamons cette louange : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ».
5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
6. Kondakion de la fête, ton 6 : Porté sur un trône dans le ciel et par un ânon sur la terre, ô Christ Dieu, * tu as reçu la louange des anges * et le chant des enfants qui Te clament : ** Béni sois-tu, Toi qui viens rappeler Adam.

Prokimen
De la fête, ton 4 :
R/. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! * Le Seigneur est Dieu & il nous est apparu. (Psaume 117, 26-27).
V/. Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, car éternel est son amour. (Psaume 117, 1).

Epître
De la fête : Philippiens (§ 247) IV, 4-9.
Réjouissez-vous dans le Seigneur, je vous le répète, réjouissez-vous dans le Seigneur.

Alleluia
De la fête, ton 1 :
V/. Chantez au Seigneur un cantique nouveau, car le Seigneur a fait des merveilles. (Psaume 97, 1)
V/. Toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu. (Psaume 97, 3)

Evangile
De la fête : Jean (§ 41), XII, 1-18.
Une grande multitude de Juifs ayant su qu’il était là, y vinrent, non-seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité d’entre les morts.

Mégalinaire à la Mère de Dieu durant l’anaphore :
Le Seigneur est Dieu et il nous est apparu. Convoquez une fête et venez vous réjouir, faisons au Christ un triomphe de nos palmes, de nos branches et de nos chants, l’acclamant : « Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur, notre Sauveur ! »

Verset de communion
De la fête : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le Seigneur est Dieu & il nous est apparu. (Psaume 117, 26-27) Alleluia, alleluia, alleluia.

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Photos & vidéos des offices de Ténèbres 2019

 

Aleph. Quomodo sedet sola cívitas plena populo : facta est quasi vídua dómina Géntium : princeps provinciárum facta est sub tribúto. Aleph. Comment cette Ville si pleine de peuple, est-elle maintenant déserte ? La maîtresse des Nations est devenue comme une veuve ; la première des Provinces est contrainte de payer le tribut.
Beth. Plorans plorávit in nocte, et lacrimæ ejus in maxíllis ejus : non est qui consolétur eam ex ómnibus caris ejus : omnes amíci ejus sprevérunt eam, et facti sunt ei inimíci. Beth. Elle a pleuré pendant la nuit ; ses larmes coulent sur ses joues. Nul de ses plus chers amis ne la console. Tous ses amis l’ont méprisée, & sont devenus ses ennemis.

Photos du Dimanche des Rameaux 2019

 

Pange lingua gloriósi
Prælium certáminis,
Et super Crucis trophæum
Dic triúmphum nóbilem,
Qualiter Redémptor orbis
Immolátus vícerit.
Chante ô ma langue, les lauriers
De ce glorieux combat !
Du trophée de la Croix,
Célèbre le noble triomphe :
Comment le Rédempteur du monde,
En s’immolant, remporte la victoire.

saint Venance Fortunat

Charles de Courbes – Tristes erant Apostoli

Charles de Courbes (c. 1580 † ap. 1628), esleu & lieutenant particulier, organiste de l’église Saint-Sauveur de Paris.
Tristes erant Apostoli – HYMN. Cum 4. voc. Pro Apostolis et Evangelistis, Tempore Paschali.
4 voix (SATB).
2 pages.

« L’amateur » éclairé que fut le Sieur de Courbes, élu & lieutenant particulier (qui fut néanmoins à la fin de sa vie organiste de l’église Saint-Sauveur de Paris), publie ses compositions chez Pierre Ballard en 1622 : « Cantiques spirituels nouvellement mis en musique à IIII, V, VI, VII et VIII parties ». Une bonne part de cet ouvrage est consacrée à la mise en musique d’hymnes de l’Eglise. Influencées par la chanson française, les hymnes de Charles de Courbes témoignent aussi de l’aspiration générale à plus de clarté dans les compositions musicales liturgiques qui se fait jour après le Concile de Trente.

Charles de Courbes met ici en musique à quatre voix l’hymne des Apôtres et Evangélistes, Tristes erant Apostoli, hymne chantée aux Ières & IIndes vêpres, ainsi qu’au matines de leurs fêtes tombant durant le temps pascal.

Le texte de Tristes erant Apostoli procède du démembrement en trois parties d’une hymne pascale plus longue, attribuée à saint Ambroise de Milan : Aurora lucis rutilat. Voici le texte latin ainsi que la traduction faite par le Sieur de Courbes :

Tristes erant Apóstoli
De nece sui Dómini,
Quem morte crudelíssima
Servi damnárant ímpii.
Chaque Apostre estoit en douleur
Pour la mort de nostre Seigneur,
Que les Juifs d’un cœur obstiné
Avoyent a la mort condamné.
Sermóne blando Angelus
Prædíxit muliéribus :
In Galilæa Dóminus
Vidéndus est quantócius.
Mais l’Ange par un doux recit
Aux sainctes dames lors a dict,
Qu’en Galilée en bref verroyent
Ce cher Jesus qu’il esperoyent,
Illæ dum pergunt cóncitæ
Apóstolis hoc dícere,
Vidéntes eum vívere,
Christi tenent vestígia.
Alors pleines de gayeté
Ont tout aux Apostres conté,
Qui voyant leur maistre vivant,
Sont confirmés plus que devant.
Quo ágnito, discípuli
In Galilæam própere
Pergunt vidére fáciem
Desiderátam Dómini.
Parquoy d’un pas leger, & prompt,
En Galilée droit s’en vont :
Désirant tous d’avoir cét heur
Que de voir leur maistre, & Seigneur.
Quæsumus, Auctor ómnium,
In hoc pascháli gáudio :
Ab omni mortis ímpetu
Tuum defénde pópulum.
Nous te prions grand Dieu de tous
Qu’en ce temps Pasqual gay, & doux,
Tu nous pardonne les pechés,
Dont a la mort serions tachés.
Glória tibi Dómine,
Qui surrexíst(i) a mórtuis,
Cum Patr(e) et Sancto Spíritu,
In sempitérna sæcula. Amen.
Gloire soit a toy ô Sauveur,
Qui est ressucité vainqueur,
Au Pere, & Saint Esprit benin,
Aux siecles des siecles sans fin. Soit, soit.

Les premières mesures de cette partition :

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Charles de Courbes - Tristes erant Apostoli

Les chasubles pliées – histoire et liturgie

Chasubles pliées espagnoles en usage à la FSSP à Lyon - Mercredi des Cendres 2016Les chasubles pliées sont les ornements que portent le diacre et le sous-diacre pendant les temps de pénitence, au lieu & place de la dalmatique et de la tunique. Cet usage remonte aux premiers temps de l’Eglise, lorsque tout le clergé portait la chasuble.

HISTOIRE – La chasuble est à l’origine un vêtement civil déjà connu des anciens Etrusques & qui connait une vogue sensible dans l’Empire romain à compter du premier siècle de notre ère, au point d’y devenir un vêtement élégant d’usage courant : il s’agit d’un vêtement rond, percé en son centre pour laisser passer la tête et qui recouvre le haut du corps jusqu’au genoux. Elle est connu sous différents noms dont les principaux sont : pænula (le plus courant dans la Rome antique), casula (littéralement « petite maison » car elle constitue une sorte de petite tente, ce terme a donné notre français chasuble), planeta (terme consacré ultérieurement par les livres liturgiques de Rome, tandis qu’ailleurs le reste de l’Europe occidentale a toujours préféré celui de casula) & amphibalus (employé principalement par les Pères de l’Eglise de Gaule).

Pænula étrusque du IVème siècle avant Jésus-Christ.

Pænula étrusque (partiellement retroussée sur les bras) du IVème siècle avant Jésus-Christ.

La chasuble tend alors, au début de notre ère, à remplacer l’antique toge, trop lourde et moins pratique, au point que les avocats romains réclament de pouvoir plaider avec celle-ci plutôt qu’avec celle-là, afin d’être plus libre dans leurs gestes oratoires[1]. Sous Trajan (98-117), les tribuns du peuple en sont revêtus, et l’empereur Commode (180-192) impose l’assistance aux spectacles en chasuble et non plus en toge. La chasuble devient vêtement sénatorial en 382.

Les chrétiens naturellement usaient de ce vêtement[2] et Tertullien au début du IIIème siècle fustigeait les fidèles qui avaient tendance à ôter leurs chasubles pour les prières liturgiques, pour des raisons qu’il qualifie de superstitieuses[3]. A mesure que la chasuble devenait un vêtement d’honneur des hautes fonctions de l’empire, les chrétiens voulurent de même en faire une marque distinctive d’honneur pour leurs propres tribuns et sénateurs qu’étaient les évêques, les prêtres et les diacres : c’est ainsi que l’on voit un évêque en chasuble consacrer une vierge sur une fresque datant du IIIème siècle dans les catacombes de sainte Priscille.

Dans les textes chrétiens, la première mention de la chasuble comme vêtement proprement liturgique est relativement tardive : on la trouve dans la seconde des deux lettres que rédige saint Germain de Paris († 576) et qui contiennent une fameuse description de la messe selon l’ancien rit des Gaules :

Casula quam amphibalum vocant, quod sacerdos induetur, tota unita per Moysem legiferum instituta primitus demonstratur. Jussit ergo Dominus fieri dissimilatum vestimentum, ut talem sacerdos induerit, quale indui populus non auderetur. Ideo sine manicas, quia sacerdos potius benedicit quam ministrat. Ideo unita prinsecus, non scissa, non aperta ; quia multae sunt Scripturae sacrae secreta mysteria, quae quasi sub sigillo sacerdoti doctus debet abscondere, et unitatem fidei custodire, non in haerese vel schismata declinare.
La chasuble, qu’on appelle amphibalus et que le prêtre revêt, montre originairement l’unité de toutes les institutions du législateur Moïse. Le Seigneur ordonna qu’on fît des vêtements différents, de sorte que le peuple ne se permît pas de mettre ce que le prêtre aurait mis. C’est pourquoi elle n’a pas de manches, parce que le prêtre bénit plutôt qu’il ne sert. C’est pourquoi aussi elle est d’une seule pièce sur le devant, sans fente, sans ouverture ­: nombreux en effet sont les mystères cachés de la Sainte Ecriture que celui qui sait doit cacher pour ainsi dire sous le sceau du pontife, et préserver l’unité de la Foi pour qu’elle ne tombe ni dans l’hérésie ni dans le schisme.

Chasuble de saint Ambroise à Milan. Notez l'échancrure qui facilite les mouvements du bars droit. Mosaïque datant de 375 de la chapelle Saint-Victor au ciel d'Or de la basilique Saint-Ambroise de Milan.

Chasuble de saint Ambroise à Milan. Notez l’échancrure qui facilite les mouvements du bras droit.
Mosaïque datant de 375 de la chapelle Saint-Victor-au-Ciel-d’Or de la basilique Saint-Ambroise de Milan.

Cependant, bien avant cette première mention, de très nombreuses fresques, mosaïques ou miniatures depuis le IVème siècle montrent indubitablement que la chasuble est largement adoptée dès cette époque comme vêtement liturgique, aussi bien en Orient qu’en Occident.

Dès cette époque la chasuble était l’ornement général de tout le clergé, non seulement celui de l’évêque et des prêtres, mais aussi celui des diacres, des sous-diacres, et – selon Alcuin (c. 730 † 804) dans certaines circonstances – même des acolytes ! Amalaire de Metz (775 † 850) nous indique que la chasuble est encore portée de son temps par tous les clercs sans distinction, l’appelant le « generale indumentum sacrorum ducum ».[4] On note encore son emploi par les acolytes dans certaines régions encore au XIème siècle.[5]

Pour l’évêque ou le prêtre célébrant, ce vêtement n’était pas incommode pour l’accomplissement des cérémonies sacrées, ainsi que le note excellemment saint Germain de Paris : « C’est pourquoi elle n’a pas de manches, parce que le prêtre bénit plutôt qu’il ne sert ». Mais pour les ministres – diacres et sous-diacres – dont le propre de l’office était de servir et non de consacrer – l’usage de la chasuble ne put se faire qu’au moyen d’une adaptation : les pans antérieurs du vêtement furent repliés, afin que les bras des ministres fussent libres pour manipuler les vases sacrés. De là est venu leur nom de chasubles pliées, planetæ plicatæ ante pectus comme disent les livres liturgiques latins.

Afin de bien comprendre la forme que prenait cette pliure, voici des photographies tirées de la revue L’Art d’Eglise (n°4 de 1948) et qui présentent un essai très réussi de reconstitution de la forme antique des chasubles pliées par les moines de l’Abbaye de Saint-André en Belgique :

Chasuble pliée du sous-diacre.

Chasuble pliée du sous-diacre.

Du chant de l’évangile à la fin de la messe, le diacre – pour être encore plus libre de ses mouvements, roulait sa chasuble en bandoulière au travers de ses épaules, sur son étole :

Chasuble du diacre : roulée en bandoulière ou simplement pliée, selon les différents moments de la messe.

Chasuble du diacre : roulée en bandoulière ou simplement pliée, selon les différents moments de la messe.

La chasuble du célébrant ne nécessitait pas de pliure[6] car le diacre et le sous-diacre devaient précisément l’aider en soulevant à certains moments (aux encensements & à l’élévation) les pans de cet ornement, beau geste qui a été fidèlement conservé par la suite dans la liturgie romaine, quand bien même – avec les échancrures prononcées qu’on a ménagées par la suite à la chasuble du célébrant, – cela ne le nécessitait plus forcément.

De fait, les chasubles pliées du diacre et du sous-diacre signifient clairement leur fonction même de ministres sacrés, à savoir leur rôle de serviteur du célébrant.

Les chasubles pliées des diacres et des sous-diacres furent ultérieurement remplacées à partir du Vème siècle par deux nouveaux vêtements, la dalmatique & la tunique, vêtements dotés de manches et de ce fait plus maniables pour l’accomplissement de leur fonctions liturgiques & de service.

Toutefois Rome fut très longue à adopter cette nouveauté, et les Ordines Romani qui décrivent la liturgie romaine au temps de saint Grégoire le Grand et un peu après (VIIème siècle) ne connaissent encore que la chasuble comme vêtement du pape, des diacres & des sous-diacres. Jean Diacre (c. 825 † 880), le biographe de saint Grégoire le Grand (c. 540 † 604), dans sa Vita Gregorii Magni, désigne du reste tout le clergé qui accompagnait le Pape lors des processions sous le terme de planeti (« ceux qui portent des planètes », des chasubles donc).

Lorsqu’ultérieurement, Rome reçut l’usage des dalmatiques & des tuniques, elle conserva toutefois pendant le Carême et les temps de pénitence l’usage des chasubles pliées pour le diacre & le sous-diacre, selon le principe liturgique généralement observé que les temps tenus pour les plus sacrés sont aussi ceux qui sont épargnés par les innovations liturgiques.

De plus, la dalmatique et la tunique sont des ornements fastueux qui symbolisent la joie & l’innocence. Longtemps, leur couleur fut obligatoirement blanche, & la dalmatique antique était de plus ornée des deux brillantes bandes pourpres verticales (lati claves) qui ornaient primitivement les vêtements des sénateurs. Lors de l’ordination d’un diacre, l’évêque lui impose la dalmatique par ces termes : « Que le Seigneur vous revête de l’habit de la félicité et de la robe de la joie (indumento lætitiæ) et qu’il vous environne toujours de la dalmatique de la justice ». La prière équivalente pour la remise de la tunique au sous-diacre parle de même de vestimento lætitiæ. L’emploi de la dalmatique & de la tunique ne convenait donc absolument pas dans les temps de pénitence, pour lesquels on a donc conservé l’antique chasuble pliée.

Distribution des cierges à la fête de la Purification.

Distribution des cierges à la fête de la Purification.

REGLES D’EMPLOI LITURGIQUE – Les chasubles pliées sont donc en usage dans la liturgie romaine aux temps de pénitence. L’étendue exacte de ces temps est décrit au titre XIX, §§ 6 et 7 des rubriques du Missel Romain de saint Pie V (De qualitate paramentorum)[7] :

« Aux jours de jeûne (sauf aux vigiles des Saints), ainsi qu’aux dimanches de l’Avent et du Carême, et avant la messe en la vigile de la Pentecôte (mais en exceptant :
– le dimanche de Gaudete et lorsque cette messe est reprise dans la semaine,
– le dimanche de Lætare,
– la vigile de Noël,
– le Samedi Saint, à la bénédiction du cierge [pascal] et à la messe,
– et les Quatre-temps de la Pentecôte),
de même qu’à la bénédiction des cierges et à la procession le jour de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, à la bénédiction des cendres, ainsi qu’à la bénédiction et à la procession des palmes, dans les cathédrales et les grandes églises, [les diacre et sous-diacre portent] des chasubles pliées devant la poitrine ; le diacre dépose cette chasuble etc.
Dans les petites églises, en ces jours de jeûne, ils accomplissent leurs fonctions revêtus simplement de l’aube : le sous-diacre avec le manipule, le diacre portant aussi l’étole sur l’épaule gauche pendant sous le bras droit. »

Ordinations au Samedi des Quatre-Temps : le diacre et le sous-diacre, ministres de l'évêque, portent les chasubles pliées.

Ordinations au Samedi des Quatre-Temps :
le diacre et le sous-diacre, ministres de l’évêque, portent les chasubles pliées.

Détaillons quelque peu certains aspects de cette rubrique, qui en dépit de sa complexité apparente, suit quelques principes logiques simples :
1. Les chasubles pliées n’existent que pour les temps de pénitence et donc que dans les couleurs violettes et noires. On ne les utilise pas (même si la rubrique susdite ne le précise pas) pour la messe du Jeudi Saint célébrée en blanc mais on le fait pour les Présanctifiés du Vendredi Saint célébrés en noir. Avant les réformes des années 50, la vigile de la Pentecôte était comme une seconde vigile pascale et comprenait 6 prophéties avant le début proprement dit de la messe. Cette avant-messe était célébrée en violet et donc voyait l’usage des chasubles pliées. La messe subséquente était en rouge. De même, le Samedi Saint, le diacre bénit le cierge pascal en dalmatique blanche, puis reprend sa chasuble pliée pour l’avant-messe – en violet – (qui comportait 12 prophéties puis la bénédiction des fonds). La messe qui suit cette avant-messe est en ornements blancs.
2. Les dimanches de l’Avent et du Carême ne sont pas jours de jeûnes (on ne jeûne jamais le dimanche qui fête toujours la résurrection du Christ) mais sont tout de même inclus dans des temps de pénitence car on y célèbre en violet. Cependant la rubrique du Missel Romain ne fait pas mention des dimanches de la Septuagésime, où l’on célèbre aussi en violet. Il y a eu quelques hésitations, mais en général, les auteurs n’ont pas recommandé l’usage des chasubles pliées violettes durant ce temps d’avant-Carême. (En rigoureuse fidélité à la rubrique, on ne devrait pas les employer le dimanche durant la Septuagésime mais on pourrait imaginer le faire aux lundis, mercredis, vendredis & samedis des trois semaines de ce temps, qui étaient primitivement jeûnés, lorsqu’on célèbre la messe fériale).
3. Les deux dimanches de Gaudete et de Lætare constituent deux pauses au milieu de l’Avent et du Carême. Ce sont deux jours de joie où l’Eglise donne un avant-goût au fidèles des réjouissances qui les attendent au terme de ces deux temps de pénitence : les ornements sont de couleur rose et non violette, on orne les autels de fleurs, l’orgue et les instruments de musique se font entendre. La messe du dimanche de Gaudete peut éventuellement être reprise dans la semaine qui suit et bénéficie de ces privilèges (le dimanche de Lætare ne peut lui être repris au cours de la semaine qui suit, chaque jour du Carême étant pourvu d’une messe propre).
4. Les Quatre-Temps de la Pentecôte sont les seuls des Quatre-Temps à n’être pas jeûnés car ils sont inclus dans l’octave de la Pentecôte. Contrairement à ceux de septembre, de l’Avent et du Carême, ils ne voient donc pas l’usage des chasubles pliées.
5. Par grandes églises on désigne les cathédrales, les collégiales mais aussi les églises paroissiales. C’est ce qu’a précisé une décision de la Sacrée Congrégation des Rites du 11 septembre 1847 adressée à l’évêque de Londres, Mgr Nicholas Wiseman (lequel rétablissait alors la hiérarchie catholique en Angleterre et dont les toutes nouvelles paroisses étaient encore souvent dépourvues en ornements) ; la même décision lui conseille même de faire célébrer dans sa cathédrale sans ministres sacrés plutôt que d’y faire officier des diacres & sous-diacres sans chasubles pliées. Cette décision dut paraître un peu trop raide car elle fut supprimée des collections ultérieures de la S.C.R. : une grande église dépourvue de chasubles pliées peut toujours faire servir les ministres sacrés sans chasubles pliées, juste en aube, étole & manipules.
6. Les petites églises paraissent avoir été dispensées de l’usage des chasubles pliées non pas tant parce qu’elles n’en avaient pas mais parce qu’il y était plus compliqué d’avoir trois chasubles parfaitement assorties dont deux étaient pliées.
7. Notons une autre réponse de la Congrégation des rites (n°5385 du 31 août 1867) précisant qu’il faut utiliser – devant le Saint Sacrement exposé – les chasubles pliées aux prières des 40 heures qui se dérouleraient pendant l’Avent ou le Carême.
8. L’usage des chasubles pliées étant lié à une notion de temps liturgique, elles ne servaient pas aux messes de Requiem, qui ne sont pas liées à un temps liturgique particulier : on y emploie des dalmatique et tunique noires.

Ostension des reliques de la Vraie Croix le Vendredi Saint devant la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome

USAGE LITURGIQUE – Pour assister le célébrant, il suffit aux ministres que le devant de leur chasuble soit replié ; mais lorsque le diacre ou le sous-diacre doivent accomplir une tâche qui leur est propre, ils retirent complètement ou replient encore davantage ce vêtement.

Ainsi, le sous-diacre dépose sa chasuble pliée avant de chanter l’épître, après quoi il la reprend aussitôt.[8]

L’office propre du diacre commence avec le chant de l’évangile et se poursuit jusqu’à la fin de la communion, dont il est ministre, mais il ne dépose pas complètement sa chasuble pliée pendant tout ce temps : il la porte roulée en bandoulière sur l’épaule gauche, attaché sous le bras droit par des cordelettes (ou même en faisant un nœud), par-dessus son étole. Après la communion, il déroule le tissu et remet la chasuble pliée comme auparavant.

Diacre portant la chasuble roulée pour chanter l'évangile.

Diacre portant la chasuble roulée pour chanter l’évangile.

Pour simplifier quelque peu ce procédé, on s’est mis à rouler par avance une autre chasuble, que le diacre prenait sur l’épaule en temps voulu ; par la suite, on a le plus souvent substitué à cette chasuble roulée une simple bande du même tissu, communément appelée stolon ou étole large.[9]

Evolution de la chasuble transversale au stolon : à gauche, la chasuble roulée sur une statue médiévale de la cathédrale de Wells en Angleterre ; à droite, le stolon dans sa forme moderne : simple bande de tissu non galonnée sur les bords.

Evolution de la chasuble transversale jusqu’au stolon : à gauche, la chasuble roulée sur une statue médiévale de la cathédrale de Wells en Angleterre ; à droite, le stolon dans sa forme moderne : simple bande de tissu non galonnée sur les bords.

Lors d’une messe pontificale, les diacres assistants prennent leurs ornements – à savoir : la chasuble pliée devant, par-dessus la cotta ou le rochet – vers la fin de Tierce, avant que l’évêque ne chante l’oraison.[10]

Un sous-diacre porte-croix porterait aussi une chasuble pliée.[11]

Chasuble pliée & stolon de la basilique Sainte-Marie-des-Anges à Rome.

Chasuble pliée & stolon de la basilique Sainte-Marie-des-Anges à Rome.

EVOLUTIONS DES FORMES – 1. De la chasuble pliée à la chasuble coupée.

Jusqu’à nos jours s’était conservé l’usage de réellement replier la partie avant de la chasuble et de la maintenir ainsi au moyen de cordons ou d’agrafes.

Chasubles réellement pliées du diacre & du sous-diacre.

Chasubles réellement pliées du diacre & du sous-diacre. Angleterre.

Au XVIIème siècle, Pisacara Castaldo rappelle que les chasubles pliées ne doivent pas différer de celle du célébrant.[12] Au XVIIIème siècle Merato commentant Gavantus précise encore qu’il faut en retirer les agrafes qui les maintiennent pliées entre les cérémonies afin de ne pas les abimer & pour que les prêtres puissent les utiliser commodément pour les messes basses.[13]

Une chasuble pliée est donc, de ce fait, exactement ce que son nom suggère : une chasuble comme une autre, portée avec la partie antérieure pliée, à l’intérieur, afin de la remonter au niveau des coudes, et souvent attachée en cette position par deux pinces d’acier.

New Jersey - USA - FSSP.

New Jersey – USA – FSSP.

Toutefois, au fil des siècles, tandis que la chasuble du célébrant s’échancrait sur les côtés, par commodité, on se mit à coudre de façon définitive la pliure des chasubles du diacre et du sous-diacre pour finir par les couper définitivement de l’excédent de tissu (on pourrait donc parler de « chasubles coupées » mais l’usage à maintenu le terme de « chasubles pliées »).

Formes classiques romaines : stolon du diacre, chasuble du célébrant et chasuble pliée du sous-diacre - Londres

Formes classiques romaines :
stolon du diacre, chasuble du célébrant et chasuble pliée du sous-diacre.
Juventutem – Londres.

DISPARITION DES CHASUBLES PLIEES ? – La généralisation de la découpe de la partie antérieure de la chasuble pliée – certes commode – a dû contribuer à la faire percevoir comme un vêtement distinct de la chasuble du célébrant, ce qu’elle n’est pourtant absolument pas à l’origine. Paradoxalement, cela a pu contribuer à la désaffection de son usage. Dès 1914, le jésuite Braun[14] déplore la disparition des chasubles pliées dans toute l’Allemagne. La France n’a pas l’air mieux lotie pour la même époque (si les cérémoniaux publiés continuent de décrire l’usage des chasubles pliées, il est assez rare de trouver des exemplaires ni même des photographies du XXème siècle). L’usage semble avoir perduré davantage en Italie, dans la Péninsule ibérique ou dans les Iles britanniques.

Encore maintenues pour la vigile pascale dans ses nouvelles formes expérimentales de 1951 et 1952, les chasubles pliées furent entièrement bannies de la Semaine Sainte réformée de 1955 au profit de dalmatiques et tuniques violettes et noires, tout en continuant pourtant d’être utilisée le reste du Carême et aux autres temps de pénitence. Cette anomalie cessa avec la publication du nouveau code des rubriques de 1960 qui remarquent tout à la fin des rubriques générales que « Les chasubles pliées et l’étole large ne sont plus employées désormais ».[15]

Voici ce que notait Mgr Gromier, cérémoniaire papal, au cours de sa célèbre conférence sur les réformes de la Semaine Sainte :

« Les chasubles pliées sont une des caractéristiques les plus anciennes du rite romain ; elles remontent au temps où tout le clergé portait la chasuble, et furent conservées [… pour] la plus austère pénitence. Leur abandon fait mentir les peintures des catacombes : c’est une perte immense, un outrage à l’histoire et à […] tord, dit-on, on aurait donné cette explication proportionnée au méfait : on ne trouve pas facilement des chasubles pliées. Or c’est juste le contraire : on trouve partout des chasubles violettes, qui peuvent se plier, tandis que les dalmatiques violettes sont beaucoup moins répandues.[16] En outre on a toujours la ressource de servir en aube. »

On pourrait ajouter qu’il était curieux de supprimer les chasubles pliées au moment même où l’on entendait promouvoir partout le retour à la forme ample & antique de la chasuble.

Contrairement aux catholiques, l’usage des chasubles pliées ne s’est pas interrompu chez les anglo-catholiques (et peut-être verra-t-on son usage être progressivement repris par les différents nouveaux ordinariats érigés pour recevoir ces communautés au sein de l’Eglise catholique). Par ailleurs, avec la renaissance des études liturgiques dans les communautés catholiques traditionnelles, on note qu’un nombre grandissant de celles-ci reprend l’antique usage.

Vigile de la Pentecôte à Saint Magnus, paroisse anglicane de Londres.

Vigile de la Pentecôte à Saint-Magnus, paroisse anglicane de Londres.

DANS LES AUTRES RITS OCCIDENTAUX – L’usage de la chasuble pliée n’est pas limitée au rit romain et se rencontre – avec des variantes – dans les liturgies suivantes :

1. Dans le rit ambrosien : les chasubles pliées sont utilisées pendant l’Avent, le Carême et les Litanies majeures et mineures (i.e. les Rogations, qui ont lieu le lundi après l’Ascension dans ce rit et au cours desquelles on impose les Cendres) et les autres jours de jeûne durant l’année. Comme dans le rit romain, le sous-diacre dépose sa chasuble pliée pour chanter l’épître. Le diacre roule la sienne transversalement comme au romain de l’évangile à la fin de la communion. A noter que lors des dimanches de Carême, le diacre doit chanter des litanies très anciennes après l’ingressa au début de la messe ; pour ce faire, comme il remplit son office propre, il roule également sa chasuble transversalement. Les couleurs liturgiques différent du romain ; violet foncé pendant l’Avent et les dimanches de Carême, mais les féries de Carême sont en noir. Les Litanies majeures sont en violet foncé et les mineures sont en noir. Lors d’une exposition du Saint-Sacrement un jour de pénitence, on doit employer obligatoirement les chasubles pliées, même dans les petites églises. Différence notable avec l’usage romain : toute la Semaine Sainte (qui débute au Samedi de la veille des Rameaux, in Traditione Symboli) est célébrée en rouge et on utilise dalmatique et tunique.
2. Dans le rit de Braga : usage identique au romain, sauf pour la procession des Rameaux où l’on utilise dalmatique et tunique.
3. Dans le rit de Lyon : de façon très intéressante, les chasubles pliées ne se prennent qu’après le premier dimanche de Carême, souvenir de l’époque antérieure à saint Grégoire le Grand où le premier jour du jeûne quadragésimal était le lundi suivant ce dimanche. Le diacre dépose sa chasuble avant de chanter l’évangile (exactement comme fait le sous-diacre à l’épitre donc) et ne la roule pas sur ses épaules (comme au romain). Les chasubles pliées ne sont pas en usage le Vendredi Saint.
5. Dans le rit de Paris : Les chasubles ne sont pas pliées mais roulées sur les épaules. (les cérémoniaux parlent de chasubles transversales : planetis transversis super humeros). Elles ne sont pas employées pendant les dimanches de l’Avent, qui sont célébrés en blanc à Paris, et on y use de donc logiquement de la dalmatique et de la tunique (l’ancien rit parisien conçoit l’Avent comme une vaste célébration de l’Incarnation). Elles sont toutefois utilisées aux messes fériales de l’Avent dans les grandes églises où il y a beaucoup d’ecclésiastiques, les petites églises en sont dispensées. Les chasubles transversales s’emploient une première fois le Mercredi des Cendres puis les dimanches de Carême et le Vendredi Saint (les ornements sont noirs à chaque fois). Les féries de Carême en revanche, le diacre et le sous-diacre ne servent qu’en aubes, étole & manipules, sans chasubles, même à la cathédrale. Les Quatre-Temps de septembre sont curieusement célébrés avec des chasubles transversales rouges (ces jours appartenant au Temps après la Pentecôte, qui est en rouge à Paris).
6. Chez les Prémontrés : particularité notable, ce rit emploie les chasubles pliées dès le dimanche de la Septuagésime.
7. Chez les Cisterciens, les Dominicains & les Carmes : ces 3 rits ont des usages similaires : pendant les temps de pénitence, le diacre et le sous-diacre servent en aube, étole & manipules, comme dans les petites églises du rit romain. Notons que chez les dominicains, la dalmatique et la tunique ne sont pas non plus employées aux messes fériales pendant l’année.
8. Chez les Chartreux : ce rit est très dépouillé et ignore complètement l’usage de la dalmatique et de la tunique toute l’année durant. A la messe, le diacre ne prend l’étole que pour chanter l’évangile. De ce fait, les chasubles pliées sont complètement ignorées.

ET EN ORIENT ? – Au témoignage des représentations artistiques anciennes, l’Orient byzantin connait depuis au moins le Vème siècle l’usage de la chasuble qui s’appelle en grec φαιλόνιονphélonion (à rapprocher du latin pælonia).

Théophile d'Alexandrie - miniature sur papyrus du Vème siècle.

Théophile d’Alexandrie.
Miniature sur papyrus du Vème siècle.

Par un intéressant processus similaire à ce qui s’est produit en Occident, la partie avant du phélonion s’est beaucoup échancrée afin de faciliter les gestes du célébrant.

Icône représentant saint Jean de Novgorod - le phélonion est tenu replié sur les bras.

Icône représentant saint Jean de Novgorod – le phélonion est tenu replié sur les bras.

Prêtre byzantin portant le phélonion. La partie avant du vêtement est désormais coupée pour faciliter les gestes liturgiques.

Prêtre byzantin portant le phélonion. La partie avant du vêtement est désormais coupée pour faciliter les gestes liturgiques.

Certaines chasubles pliées espagnoles sont de forme très semblables aux actuels phélonia échancrés par devant des byzantins :

Chasubles pliées d'origine espagnole, assez proche de l'actuelle coupe byzantine.

Chasubles pliées d’origine espagnole, assez proches de l’actuelle coupe byzantine.

On ne trouve toutefois pas de traces que les diacres et les sous-diacres aient porté des chasubles en Orient (ceux-ci se revêtent de dalmatiques). Toutefois, dans l’usage russe[17], lors de l’ordination d’un chantre ou d’un lecteur, l’évêque lui impose un petit phélonion sur les épaules, vraisemblablement l’équivalent oriental de la chasuble pliée occidentale.

Ordination d'un lecteur dans l'usage russe.

Ordination d’un lecteur dans l’usage russe.

Le petit phélonion est ensuite retiré une fois que le nouveau lecteur aura chanté une épître.

Le lecteur byzantin nouvellement ordonné & revêtu du petit phélonion chante l'épître

Le lecteur byzantin nouvellement ordonné & revêtu du petit phélonion chante l’épître

A l’ordination d’un sous-diacre non-moine, le candidat se présente à l’évêque vêtu du petit phélonion. Ce vêtement n’est plus utilisé en dehors de ces deux ordinations[18], mais il pourrait bien être le souvenir d’un état plus antique où la chasuble était portée par le clergé mineur.

Phélonion et petit phélonion russes.

Phélonion et petit phélonion russes.

Les autres rites orientaux ne connaissent pas en général la chasuble, même pour le célébrant qui utilise en général la chape. Notons toutefois chez les Arméniens l’existence de l’équivalent du petit phélonion russe[19], court camail qui recouvre les épaules des clercs mineurs de ce rit et devenu le plus souvent solidaire de l’aube de nos jours :

Messe dans le rit arménien - cathédrale arménienne catholique Sainte-Croix de Paris.

Messe dans le rit arménien – cathédrale arménienne catholique Sainte-Croix de Paris.

Ordinations de diacres arméniens.

Ordinations de diacres arméniens.

CONCLUSION – L’empressement de Mgr Bugnini à faire disparaître les chasubles pliées (il note avec dédain que les chasubles pliées ne manqueront à personne)[20] fait resurgir une question plus large qui émerge naturellement lorsqu’on étudie les réformes liturgiques de 1951-1969 : ces réformes ont été présentées alors aux fidèles comme un heureux retour de la liturgie à l’antiquité chrétienne, enfin débarrassée des scories du bas Moyen-Age et de l’époque baroque. Mais dès lors, comment expliquer l’abandon dédaigneux de cet élément véritablement antique du rit romain que sont les chasubles pliées, précieux usage qui nous reliait à la prière et à la pratique même de nos Pères dans la foi des premiers siècles ? Hélas, cet exemple précis est loin d’être unique & l’on peut signaler l’abandon de nombreux éléments antiques au profit de pures créations intellectuelles au cours de ces réformes. Plus globalement, on pourra s’interroger sur la nature de la réforme liturgique de 1951 à 1969 : constitue-t-elle un développement organique continu de la liturgie de l’Eglise ou se situe-t-elle en rupture radicale avec la pratique pluri-séculaire du rit romain ?

Il est intéressant de constater qu’en divers endroits du monde, des communautés traditionnelles reprennent désormais l’usage des chasubles pliées. Gageons que ces communautés perçoivent que celles-ci constituent une part de la richesse symbolique que nous avait livrée la tradition et dont nous avons été injustement privés.

Messe de Mgr Amodeo au Panthéon. Rome.

Messe de Mgr Amodeo au Panthéon. Rome.

Chasuble pliée - Rome.

Chasuble pliée – Rome.

Mercredi des Cendres.

Mercredi des Cendres.

Londres.

Vendredi Saint. Londres.

Stolon noir du Vendredi Saint. Londres.

Stolon noir du Vendredi Saint. Londres.

Passion selon saint Matthieu - messe pontificale des Rameaux - Rome.

Passion selon saint Matthieu – messe pontificale des Rameaux – Rome.

Second dimanche de Carême 2016 - collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 – collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 - collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 – collégiale Saint-Just de Lyon.

A l'aspersion - second dimanche de Carême 2016 - Société Saint-Hugues de Cluny - Connecticut.

A l’aspersion – second dimanche de Carême 2016 – Société Saint-Hugues de Cluny – Connecticut.

Notez la chasuble transversale roulée - second dimanche de Carême 2016 - Société Saint-Hugues de Cluny - Connecticut.

Notez la chasuble transversale véritablement roulée – second dimanche de Carême 2016 – Société Saint-Hugues de Cluny – Connecticut.

Distribution des cierges de la Chandeleur 2016 - Institut du Christ-Roi - Gricigliano.

Distribution des cierges de la Chandeleur 2016 – Institut du Christ-Roi – Gricigliano.

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Notes :

Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Cf. De Oratoribus chap. XXXIX, attribué à Tacite (58 – c. 120).
  2. Notons l’existence de plusieurs chasubles qui auraient appartenues à saint Paul.
  3. Tertullien, De Oratione, chap. XV.
  4. Amalaire de Metz, De ecclesiasticis officiis, II, 19 (P.L. 105, 1095).
  5. A. King, Liturgy of the Roman Church, London-New York-Toronto, Longmans, 1957, p. 130.
  6. Encore que l’on note parfois des pliures ou des cordelettes sur celle du célébrant également ; ce fut l’usage de la cathédrale de Reims.
  7. De qualitate paramentorum tit. XIX, n. 6, 7. « In diebus vero ieiuniorum (præterquam in vigiliis Sanctorum) et in Dominicis et feriis Adventus et Quadragesimæ ac in vigilia Pentecostes ante Missam (exceptis Dominica Gaudete, si eius Missa infra hebdomadam repetatur, et Dominica Lætare, Vigilia Nativitatis Domini, Sabbato Sancto in benedictione Cerei et in Missa, ac quatuor temporibus Pentecostes) item in benedictione Candelarum et Processione in die Purificationis Beatæ Mariæ, et in benedictione Cinerum ac benedictione Palmarum et Processione, in Cathedralibus et præcipuis Ecclesiis utuntur Planetis plicatis ante pectus ; quam planetam Diaconus dimittit, etc. In minoribus autem Ecclesiis, prædictis diebus ieiuniorum Alba tantum induti ministrant : Subdiaconus cum manipulo, Diaconus etiam cum stola ab humero sinistro pendente sub dextrum ».
  8. « Si les ministres portent la chasuble pliée, le premier acolyte se lèvera durant la dernière collecte avant l’épître et retirera la chasuble pliée du sous-diacre, puis celui-ci recevra le livre, chantera l’épître, et baisera la main du célébrant ; après qu’il a rendu le livre, il revêtira de nouveau la chasuble pliée – soit près de l’autel, soit à la crédence – et transférera du côté de l’évangile le missel avec son coussin ou pupitre. » Pio Martinucci, Manuale sacrarum Cæromoniarum, chap. VI, n°14.
  9. « Après que le célébrant a commencé sa lecture [à voix basse] de l’évangile, le diacre descendra de l’autel par le côté, comme il a été dit. Près de la crédence, il déposera la chasuble pliée et se revêtira de l’étole large ; puis il prendra l’évangéliaire, l’apportera à l’autel, et accomplira la suite de ses fonctions. Pio Martinucci, Manuale sacrarum Cæromoniarum, chap. VI, n°15.
    Après la communion, lorsque le diacre a porté le missel (avec son coussin ou pupitre) du côté de l’épître, il descendra de l’autel par le côté et viendra à la crédence ; assisté par un acolyte, il déposera l’étole large et reprendra la chasuble pliée, après quoi il regagnera sa place derrière le célébrant. Pio Martinucci, ibidem n°20.
  10. Cæremoniale Episcoporum, Livre II, chap. XIII, n°3.
  11. Pierre Jean Baptiste de Herdt, Pratique de la liturgie selon le rit romain, p. 213.
  12. A. Pisacara Castaldo, Praxis caeremoniarum, Neapoli, Scoriggium, 1645, p. 178.
  13. B. Gavantus – G.M. Merato, Thesaurus Sacrorum Rituum, Venetiis, Balleoniana, 1792, I, p. 48.
  14. G. Braun, Die liturgischen Paramente, 1914, p. 98.
  15. Rubricæ generales XIX, n°137 : Planetæ plicatæ et stola latior amplius non adhibentur.
  16. En effet, en bonne rigueur les dalmatiques et tuniques violettes ne pouvaient servir que pour les trois dimanches de Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime.
  17. Lequel conserve très souvent des structures bien plus anciennes que l’usage grec.
  18. Le lecteur-chantre utilise ordinairement un genre de tunique pour son office, le sticharion – στιχάριον. Notons que certaines paroisses ont tenté de restaurer un usage plus fréquent du petit phélonion.
  19. Selon l’avis de R. Pilkington, I riti orientali, Turin, L.I.C.E. – Berruti, p. 31.
  20. Cf. A. Bugnini – C. Braga, Ordo Hebdomadae Sanctae instauratus commentarium, Bibliotheca Ephemerides Liturgicae Sectio Historica 25, Roma, Edizioni Liturgiche, 1956, p. 56, nt. 28.

Tibi laus perennis auctor – Hymne de saint Fortunat pour le baptême

Dans la liturgie parisienne, au retour des fonts à la Vigile pascale, on chante une très belle hymne de saint Venance Fortunat (c. 530 † 609), évêque de Poitiers, dont nous venons de chanter également les deux fameuses hymnes du temps de la Passion : Vexilla Regis prodeunt & Pange, lingua, gloriosi, ainsi que le versus O Redemptor sume carmen pour la consécration du saint Chrême le Jeudi Saint. Cette hymne du retour des fonts – Tibi laus perennis auctor – fut composée probablement avant le sacre épiscopal de saint Venance Fortunat (ordonné prêtre en 576, il est sacré évêque de Poitiers vers l’an 600). En effet, son plus ancien témoin manuscrit, le Pontifical dit de Poitiers du VIIIème siècle[1], probablement le plus ancien manuscrit de ce livre liturgique des cérémonies réservées à l’évêque, la désigne ainsi :

Interim canitur versus Fortunati presbyteri ad baptizatos.

Ces vers de Fortunat sont de forme anacréontique, en dimètres iambiques catalectiques [υ – υ –|υ – –], un mètre déjà utilisé par le poète chrétien espagnol Prudence pour son Hymnus ante somnum.

Cette hymne est un versus, c’est-à-dire que la première strophe – Tibi laus perennis auctor – est reprise en guise de refrain après chacune des strophes suivantes[2]. Les versi constituent un type de pièces liturgiques un peu particulières et rares (on n’en dénombre qu’une trentaine dans tout le répertoire liturgique occidental). Ce sont en général des hymnes composées pour être chantées en procession.

L’usage liturgique de Tibi laus perennis auctor est ainsi précisé dans le Pontifical dit de Poitiers du VIIIème siècle, qui est de fait probablement parisien :

« Après la solennelle bénédiction des fonts, l’évêque baptise un ou deux enfants et ordonne aux prêtres et aux diacres, si nécessaire, de baptiser les autres enfants. Entre temps, on chantera ce versus de Fortunat pour ceux qui doivent être baptisés ».

Curieusement, alors que la plupart des autres hymnes et versi de Fortunat eurent un grand succès un peu partout en Occident, le chant de cette hymne du baptême n’a été conservé que dans les manuscrits parisiens (ou de la sphère parisienne, comme ceux de l’abbaye royale de Saint-Denis). On sait que saint Fortunat avait des liens étroits avec le clergé de Paris et son évêque saint Germain, dont il loue le zèle pour le chant des offices de nuit comme de jour, dans une curieuse lettre versifiée Ad clerum Parisiensem. Il est possible que cette hymne ait été composée spécialement pour son ami le grand liturge saint Germain de Paris et qu’elle fut insérée dès le VIème siècle dans l’ancienne liturgie parisienne. Lorsque sous Charlemagne, Paris dû abandonner sa liturgie gallicane antique pour prendre le rit romain, ce fut l’une des pièces de l’ancien rit qui furent conservées dans l’usage de Paris. L’hymne ne fut plus chantée pendant le baptême lui-même, mais pendant la procession ramenant les néophytes du baptistère Saint-Jean-Le-Rond à la cathédrale Saint-Etienne puis, lorsque celle-ci fut démolie, à la cathédrale Notre-Dame de Paris toute proche.

Texte & traduction :

Tibi laus perennis, Auctor,
Baptísmatis Sacrator,
Qui sorte passionis
Das præmium salútis.
À toi la louange sans fin, Dieu créateur,
Qui as institué le Sacrement du Baptême :
Au jeu de la Passion,
Tu nous gagnes le butin du Salut.
Nox clara plus et alma
Quam luna, sol et astra,
Quæ luminum coronæ
Reddis diem per umbram.
Ô nuit plus claire et bienfaisante
Que la lune, le soleil et les astres,
C’est en passant par la ténèbre
Que tu rends leur éclat aux lumières du ciel.
Dulcis, sacrata, Blanda,
Electa, pura, pulchra,
Sudans honore mella,
Rigans odore chrisma.
Huile suave, sainte, douce
Huile des élus, pure et belle,
Tu distilles un baume doux comme le miel,
Tu répands un parfum pénétrant.
In qua Redémptor orbis
De morte vivus exit :
Et quos catena vinxit
Sepultus ille solvit.
Oint par toi, le Rédempteur du monde
Est sorti vivant de la mort :
Et ceux qu’une chaîne asservissait,
Son sépulcre les a délivrés.
Quam apéruit Christus
Ad géntium salútem :
Cujus salubri cura
Redit novata plasma.
[Huile] dont le Christ a ouvert le fleuve
Au salut des nations,
[Huile] salutaire dont le remède
Donne un sang purifié.
Accedite ergo digni
Ad grátiam lavacri :
Quo fonte recreati,
Refúlgeatis, agni.
Accourez donc, vous qui le pouvez,
À la grâce du baptême :
Re-créés par sa source,
Agneaux, resplendissez de lumière.
Hic gurges est, fideles,
Purgans liquore mentes :
Dum rore corpus sudat
Peccáta tergit unda.
C’est un torrent, fidèles,
Qui lave les âmes de son eau :
Tandis que le corps dégoutte de sa rosée,
Le flot emporte les péchés.
Gaudete candidati,
Electa vasa regni :
In morte consepulti,
Christi fide renáti. Amen.
Réjouissez-vous, dans vos vêtements blancs,
Vases d’élection du Royaume :
Ensevelis dans la mort avec Lui,
Par votre Foi au Christ vous êtes nés 
de nouveau. Amen.

Le chant de ce versus ad fontes est du VIIIème ton. Les différents manuscrits parisiens présentent toutefois plusieurs variantes de ce chant. Voici celle qui fut retenue par le musicologue Amédée Gastoué pour qu’elle fut réinsérée dans le nouveau propre de Paris publié en 1925 :

Tibi laus perennis - hymne de saint Venance Fortunat pour le baptême - recto

Tibi laus perennis - hymne de saint Venance Fortunat pour le baptême : verso

A titre de comparaison, voici la version retenue par Michel Huglo, fondée sur le Missel de Saint-Denis[3] (F-Pn lat. 1107) :
Tibi laus perennis auctor - chant du Missel de Saint-Denys

Enfin voici ce chant tel qu’il est noté[4] dans le Missel parisien (F-Pn lat. 1112) écrit pour l’usage des chanoines du chapitre de la cathédrale de Paris au XIIIème siècle & enluminé sous le règne de saint Louis :

Tibi laus perennis auctor - Missel parisien du XIIIème siècle

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Notes

Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Le pontifical dit de Poitiers n’est pas originaire de cette ville. Il s’agit probablement, comme l’a montré Michel Huglo, d’un livre ayant appartenu à l’abbaye de Saint-Pierre-des-Fossés, devenue par la suite Saint-Maur-des-Fossés, près de Paris. Cf. Michel Huglo, Bulletin codicologique, in Scriptorium, XXXV (1981), p. 62* n° 361.
  2. Le refrain du versus peut souvent être décomposé en deux parties qui sont reprises alternativement après chaque strophe, comme le Crux fidelis / Pange lingua du Vendredi Saint.
  3. Cf. Michel Huglo, Les versus de Venance Fortunat pour la procession du Samedi-saint à Notre-Dame de Paris, in Revue de Musicologie, T. 86, No. 1 (2000), à qui cet article doit beaucoup.
  4. Avec les Laudes carolingiennes – Christus vincit – dans la tradition de Paris.

Louis Lazare Perruchot, Vidi aquam en faux-bourdon

Mgr Louis Lazare Perruchot (1852 † 1930), maître de chapelle de la cathédrale de Monaco
Vidi aquam
Faux-bourdon – 4 voix mixtes (SATB).
3 pages – Si bémol majeur.

Mgr Perruchot fut successivement maître de chapelle de la cathédrale d’Autun, du petit séminaire de Rimont, puis à Paris, de Notre-Dame des Blancs-Manteaux et de Saint-François-Xavier ; il finit sa carrière à partir de 1904 à la cathédrale de Monaco. C’est à Langres qu’il reçut la révélation de la musique ancienne auprès du chanoine Couturier ; il influença par la suite Mgr Moissennet à Dijon.

Mgr Perruchot composa de nombreuses formules de faux-bourdons sur les huit tons ecclésiastiques. Ce Vidi aquam est conçu en utilisant cette technique du faux-bourdon non mesuré. Il pourra être utilisé comme alternative au plain-chant, à la reprise de l’antienne après le Gloria Patri.

L’antienne Vidi aquam remplace l’antienne Asperges me durant tout le temps pascal pour l’aspersion dominicale avant la grand’messe de paroisse. Son texte est tiré du prophète Ezéchiel (47, 1 & 9) et constitue une allusion prophétique au côté ouvert du Christ sur la croix, source de notre rédemption.

Avec le faux-bourdon de Mgr Perruchot, nous joignons aussi le Vidi aquam en plain-chant grégorien, avec son verset & sa doxologie, ainsi que le texte des versets et de l’oraison qui suivent.

Le texte de l’antienne :

Vidi aquam egrediéntem de templo, a látere dextro, alleluia : & omnes, ad quos pervénit aqua ista, salvi facti sunt, & dicent, alleluia, alleluia.
Ps 117, 1. Confitémini Dómino quóniam bonus : * quóniam in sæculum misericórdia ejus.
Dox. Glória Patri, & Fílio, & Spirítui Sancto. * Sicut erat in princípio, & nunc, & semper, & in sæcula sæculórum. Amen.
J’ai vu de l’eau jaillir du temple, du côté droit, alléluia ; & tous ceux que cette eau atteignait étaient sauvés & disaient : alléluia, alléluia.
Ps. 117, 1. Louez le Seigneur, car il est bon : * car sa miséricorde est éternelle.
Dox. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit, * comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.

Les premières mesures de cette partition :

Mgr Perruchot - Vidi aquam en faux-bourdon

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D’après Charles de Courbes – Regina cœli

D’après Charles de Courbes (c. 1580 † ap. 1628), esleu & lieutenant particulier, organiste de l’église Saint-Sauveur de Paris.
Regina cæli – Canticum paschale cum quatuor vocibus atque organis, servatis accentibus.
4 voix (SATB).
2 pages.

« L’amateur » éclairé que fut le Sieur de Courbes, élu & lieutenant particulier, publie ses compositions chez Pierre Ballard en 1622 : « Cantiques spirituels nouvellement mis en musique à IIII, V, VI, VII et VIII parties ». Une bonne part de cet ouvrage est consacrée à la mise en musique d’hymnes de l’Eglise. Influencées par la chanson française, les hymnes de Charles de Courbes témoignent aussi de l’aspiration générale à plus de clarté dans les compositions musicales liturgiques qui se fait jour après le Concile de Trente. Elles reflètent également les spéculations rythmiques conduites quelques années auparavant par les auteurs de la Pléiade et par Jean-Antoine de Baïf en particulier. C’est à ses spéculations que se réfère directement l’indication « servatis accentibus » – en se servant des accents des mots latins – pour rythmer cette pièce sur l’accentuation et non sur un rythme uniforme.

Charles de Courbes met ici en musique à quatre voix le texte de l’antienne à la Sainte Vierge durant le temps pascal (des complies du Samedi Saint à none du Samedi après la Pentecôte). Il utilise au Superius un chant abrégé et syllabique de l’antienne traditionnelle, relativement proche du chant abrégé en usage universel de nos jours. Ce chant abrégé de l’antienne Regina cæli passait pour avoir été l’œuvre du R.P. François Bourgoing, de l’Oratoire, dans son Brevis Psalmodiæ de 1634. Cette partition témoigne que ce chant est antérieur, sans qu’on puisse cependant décider si le Sieur de Courbes est l’auteur de cette abréviation du plain-chant médiéval qui deviendra traditionnelle par la suite, ou pas.

Afin de faciliter l’emploi de ce chant par les communautés traditionnelles de notre temps, le chant du Superius a ici été retouché par endroit (et du coup la polyphonie légèrement modifiée) afin de se conformer à l’usage actuellement reçu. Le rythme a été également aligné sur l’usage reçu.

A titre de comparaison, voici la partition original du Sieur de Courbes :

Pour faciliter le chant de la basse, nous avons monté la partition d’un ton, de Fa à Sol majeur (VIème ton ecclésiastique).

Regína cæli, laetáre, alleluia;
Quia quem meruísti portáre, alleluia,
Resurréxit, sicut dixit, alleluia:
Ora pro nobis Deum, alleluia.
Reine du Ciel, réjouis-toi, alléluia,
Car celui que tu as mérité de porter, alleluia,
Est ressuscité, comme il l’avait dit, alleluia,
Prie Dieu pour nous, alleluia.

Les premières mesures de cette partition :

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Charles de Courbes - Regina cœli

Bénédiction des œufs de Pâques

Dans l’ancienne discipline de l’abstinence quadragésimale, la consommation des œufs, comme de toute nourriture d’origine animale, était suspendue pendant tout le Carême et reprenait donc à Pâques. Beau symbole de la vie, l’œuf devint tout naturellement un symbole de la résurrection du Christ chez les chrétiens. Dès le IVèmeBenedictio ovorum dans les livres liturgiques latins semble dater du XIIèmeerèmeèmeème siècle est le rouge mais on note aussi le vert, le noir ou le bleu. La Satyre Ménippée, rédigée à l’occasion de la tenue des états généraux convoqués à Paris le 26 janvier 1593 par le duc de Mayenne, chef de la Ligue hostile à Henri IV, dans le but d’élire un roi catholique, indique qu’on avait interdit la vente des œufs de Pâques dans les rues de Paris (une chose bénite ne se vend pas).

Ce Samedi Saint, pendant que les femmes de la Schola Sainte Cécile répétaient pour leur concert du lundi de Pâques à Luxeuil, les chantres se sont mis à la réalisation des œufs de Pâques. En voici le résultat :

Les œufs ont été bénis à la fin de la Vigile Pascale & distribués aux paroissiens de Saint-Eugène – Sainte-Cécile.

Voici l’oraison de la bénédiction des œufs au Rituel Romain, titre VIII, chapitre 14, inchangée depuis le XIIèmeSubvéniat, quæsumus, Dómine, tuæ bene†dictiónis grátia huic ovórum creatúræ : ut cibus salúbris fiat fidélibus tuis, in tuárum gratiárum actióne suméntis, ob resurrectiónem Dómini Jesus Christi : Qui tecum vivit & regnat in sæcula sæculórum. Amen.

Que vienne, Seigneur, la grâce de ta bénédiction sur cette créature que sont les œufs. Qu’elle soit un aliment salutaire à tes fidèles, qui les consommeront pour te rendre grâce de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Qui avec toi vit & règne pour les siècles des siècles.

Petit reportage photo sur la réalisation des œufs sur la page Facebook de la Schola Sainte Cécile.

Commentaires de Mgr Gromier sur la nouvelle semaine sainte

Chers Alexis & Boris,

Nous avions discuté avant la messe de ce matin des réformes de la semaine sainte opérées sous Pie XII sous la direction de Mgr Bugnini (le même qui mettra en œuvre quelques années plus tard le missel du nouveau rit).

Voici une conférence donnée en 1960 par Mgr Gromier, éminent liturgiste (connu entre autres pour ses commentaires (brillants & précis) du Cérémonial des Evêques) qui détaille les absurdités des nouvelles rubriques & de certains des nouveaux rites alors institués.

Henri

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La Semaine Sainte restaurée fût en premier lieu une question d’horaire. Il s’agissait de remettre en usage la veillée pascale, basée sur le dogme pastoral de la Résurrection à minuit sonnant. Ce dogme ne se soutient pas facilement ; car pourquoi s’y soumettre quand les messes vespérales, pratiquement, admettent la célébration à toute heure du jour et de la nuit, même après le chant des vêpres ; quand la messe conventuelle se célèbre indifféremment après tierce ou sexte ou none ? Autre opposition les règles du culte ont pour fondement, outre le cours du soleil, la discipline du jeûne, qui s’est fortement adoucie ; d’où il suit que l’édifice restauré a l’air d’un château de cartes. Le zèle pastoral s’est étendu, depuis le samedi, point culminant, à toute la semaine partant des rameaux.

L’anticipation progressive des trois derniers jours, puis le renvoi au soir originaire nous ouvre un débat. Le décret général préambule affirme que, vers la fin du moyen-âge, on avait avancé au matin les solennités susdites. Or la bulle de Saint Pie V, Ad cujus notitiam, du 29 Mars 1566, donc 113 ans après la fin du moyen-âge, prohibe ce qu’on faisait encore, par permission ou par coutume, dans les église cathédrales, collégiales, conventuelles et autres, c’est-à-dire célébrer, le soir ou vers le coucher du soleil, le samedi saint et les autres solennités. Le but est évident la pastorale doit restaurer, réparer les dégâts ; plus graves ils étaient, plus sera bien venue la restauration ; Dieu sait si la restauration à faire avant toute autre n’était pas d’abolir la bulle de Saint Pie V, en laissant aux évêques la liberté tant désirée, de choisir l’heure de l’après-midi la plus avantageuse pour les offices de la Semaine Sainte : en permettant aussi, à qui voulait, de faire la communion ; laquelle avait été abolie par crainte qu’on ne fût plus à jeun aux heures de l’après-midi où le célébrant la faisait encore.

Sa terminologie mérite attention ; car un apologiste, patenté pour le reste, nous maintient ici dans l’obscurité. Jusqu’à présent on connaissait le dimanche de la Passion, le dimanche des Rameaux, les lundi, mardi et mercredi de la Semaine Sainte, le Jeudi Saint, in Coena Domini en latin, le Vendredi Saint, in Parasceve en latin et le Samedi Saint. Puisqu’on veut amplifier la solennité de la procession des Rameaux, pourquoi mettre ce dimanche en dépendance de la Passion ; et ne pas lui laisser son vieux nom de dimanche des Rameaux, que tout le monde comprend et qui ne trompe personne ? Si le Samedi Saint s’appelle ainsi, le vendredi peut bien s’appeler de même, chez tous les chrétiens du monde. Il y aura bientôt 2000 ans qu’on l’appelle in Paravesce ; le nom seul en démontre l’antiquité. Alors pourquoi le remplacer par Passion ou Mort du Seigneur ; locution inutile, non traditionnelle, inconnue au canon de la messe ? En style ecclésiastique passion signifie souffrances jusqu’à la mort inclusivement. Si le substantif mort était si nécessaire, le bon sens voulait surtout qu’il fut ajouté au mot passion dans le titre de l’Evangile : Passio D.N.J.C. appelé maintenant histoire de la Passion.

L’occasion s’offre d’examiner les capacités juridiques de la pastorale. Il ne suffit pas de parler d’une chose pour la créer. Office in choro veut dire un lieu liturgique ou des ecclésiastiques se comportent suivant des règles liturgiques. Office in communi ne désigne ni lieu ni personne ; c’est un groupe de gens réunis sans mandats sans entité légale, et auxquelles il plaît de dire collectivement l’office privé. Le bréviaire distingue in choro et extra chorum ; il n’y a pas de moyens termes.

Que les vêpres du jeudi et du vendredi saint soient omises, supprimées, voilà qui atteint le comble de l’arbitraire, surtout quand on allègue ce motif : la messe tient lieu de vêpres, car elle est le principal. Or, entre messe et vêpres, il n’y a aucune rivalité ; les vêpres ont la même principalité que les autres fonctions liturgiques. Suivant les temps et les lieux, les vêpres ont été écourtées après la messe du samedi ; elles le furent aussi après la messe du jeudi et du vendredi ; jamais on ne pensa à les abolir. L’horaire rétabli par les pastoraux s’accorde en plein avec le fait historique, c’est à dire jeûne jusqu’aux vêpres, qui sont précédées de la messe et de la communion. Les vêpres du samedi sont dans l’après-midi, avant la messe qui est nocturne ; mais quelle raison peut interdire les vêpres du jeudi et du vendredi, après la messe qui n’est pas nocturne par définition ? Le samedi saint sans complies est inexplicable ; le jeudi et vendredi saints, avec complies mais sans vêpres, défient le raisonnement ; car on a beau se coucher tard, le coucher n’en a pas moins lieu et exige sa prière.

Pour qualifier la procession des Rameaux, la fonction du vendredi saint et la veillée pascale, les pastoraux emploient l’adjectif solennel, tandis qu’ils s’en privent pour tout le reste. Or la solennité des fonctions liturgiques n’est pas une décoration facultative ; elle tient à la nature de la fonction ; elle résulte de tous ses éléments constitutifs, non seulement de quelques uns. Tous les manuels expliquent quelles sont les fonctions solennelles et les non-solennelles. En dehors de là une sois disant solennité n’est qu’un appât amplificatif, pour faire impression et mieux frapper au but. Il faut savoir que, par habitude assez récente, on fait un usage prodigieux du mot solennel, même pour des actes nécessairement solennels, inséparables de solennité. On se paye de mots en croyant mettre plus de solennité dans la procession des Rameaux que dans celle de la Chandeleur, plus de solennité dans la procession du jeudi saint que dans celle du vendredi (abolie comme nous verrons). Toujours sur la même pente, nous apprenons que la Passion du vendredi saint est chantée solennellement comme si elle pouvait l’être d’autre façon.

Digne d’admiration est la puissance des pastoraux qui se manifeste par l’annulation du malheureux et triste canon 1252 §4, sur le jeûne du samedi saint.

Ce jour-là on nous dit que, sous le symbole du cierge pascal, est représenté notre Rédempteur, lumière du monde, qui, par la grâce de sa lumière, a chassé les ténèbres de nos péchés, etc… Là -dessus planait jadis un peu de mystère, sans risque pour l’enseignement. Maintenant on tient à mettre les points sur les i, ce qui suscite un peu d’incertitude. Les différents temps et lieux nous fournissent un amas chaotique de rites, où il faut chercher le fil conducteur. Comme suite du primitif lucernaire quotidien, le feu produit, soit retiré d’une cachette qui le conservait, soit allumé par les rayons de soleil et la loupe, soit transmis par le briquet, allume un moyen d’éclairage pour la nuit pascale ; c’est le cierge pascal, accompagné de la proclamation du mystère pascal. La présence simultanée, et historique, de deux cierges pascaux ne cadre nullement avec la thèse des pastoraux. L’allumage du cierge est l’acte de première nécessité contre les ténèbres ; par cela même, s’il doit évoquer le Christ vivant, il est fort anticipé, il devance trop l’annonce de la Résurrection. L’amplification reçue des pastoraux par le cierge le fait ressembler plus à un but qu’à un moyen. Jadis censé bénit, et même consacré selon les auteurs, aujourd’hui bénit, le cierge pascal devient un objet qui tient un milieu entre une croix, un évangéliaire et une relique. Tout cela se verra mieux quand nous arriverons au jour du samedi saint.

*

Pendant toute la semaine sainte, tous les textes chantés par le diacre, le sous-diacre et les chantres sont omis par le célébrant, qui n’a pas à les lire. Peu importe comment chantent les officiants (souvent mal), s’ils se font entendre et comprendre, si les haut-parleurs sont intelligibles. On doit écouter. Voilà une victoire ! On s’en délecte comme d’un retour à l’antiquité, d’un gage pour le futur, d’un avant goût des réformes à venir. Si cela peut intéresser les fidèles habitués à se servir d’un livre, qui, le nez dans leur paroissien, s’isolent de la communauté, sic ! On distingue la lecture seulement oculaire et la lecture labiale. Lire des lèvres ce qu’un autre chante ne se soutient pas. Mais la lecture oculaire peut se soutenir ; elle a un âge respectable ; elle a commencé par nécessité, continuée par utilité, abouti en marque de dignité ; elle fait partie de l’assistance pontificale du Pape et de l’Evêque.

Pour ne rien oublier, on nous apprend qu’est solennel même le reposoir du jeudi saint ; ce que n’a jamais dit le Missel, mieux rédigé que certaines rubriques. Celles-ci expriment deux désirs et une interdiction : le clergé fera bien d’abord de tenir les cierges allumés pendant le chant de l’Exultet, ensuite pendant un dialogue entre le célébrant et les fidèles avant la messe. Défense de tenir les palmes pendant le chant de la Passion. Au total, elles prétendent créer deux obligations pour deux nouveautés ; elles abolissent une pratique ancienne, qui trouve son explication dans saint Augustin (homélie à Matines avant les Rameaux) :  » les rameaux de palmier sont des louanges signifiant la victoire, car le Seigneur était sur le point de vaincre la mort en mourant, et de triompher du diable par le trophé de sa croix.  »

La vigile de la Pentecôte n’a plus rien de baptismal, devenue un jour comme un autre, et faisant mentir le missel dans le canon. Cette vigile était un voisin gênant, un rival redoutable ! La postérité instruite sera probablement plus sévère que ne l’est l’opinion actuelle à l’égard des pastoraux.

Bon gré ou mal gré, la communion du clergé, souhaitée à la messe du jeudi saint, sera toujours en lutte avec les permission données de célébrer la messe privée.

Les pastoraux appellent le Christ Roi en renfort de leur solennelle procession des Rameaux ; comme si on les attendait pour perfectionner une situation à laquelle l’auteur du Gloria laus et honor a pourvu suffisamment, mais pas à leur manière. Certaines retouches à le tradition, qu’on invoque tant par ailleurs sont aussi mesquines qu’audacieuses.

L’aspersion de l’eau bénite est un rite pascal devenu dominical. Le Dimanche des Rameaux n’est pas moins dominical que les autres. Quand la Chandeleur arrive un Dimanche elle n’empêche pas l’aspersion. Celle-ci n’a jamais consisté à jeter de l’eau sur une table placée quelque part et portant rameaux et autres objets. Elle consiste à asperger l’autel , le célébrant, le clergé, l’église et les fidèles. Exception faite pour l’évêque, et sauf impossibilité, le lieu propre des bénédictions, comme de la consécration, est l’autel, ou encore son voisinage, comme par exemple la crédence.

Pendant des siècles la consécration des huiles se faisait à l’autel, avant de se faire sur une table comme aujourd’hui, et non in conspectu populi. Qu’est-ce que les pastoraux ont ici à montrer au peuple, eux qui de pléthorique qu’elle était, ont rendu squelettique la bénédictions des rameaux ? Une oraison, un signe de croix, un jet d’eau bénite et un encensement ; spectacle peu attrayant. Eux qui suppriment l’aspersion dominicale, véritable méfait liturgique, admettent volontiers que le célébrant parcours l’église pour asperger les rameaux tenus par les fidèles, puis refasse le même chemin pour les encenser.

Un pastoral professeur de séminaire suisse, proclame un jour que le rouge est la couleur du triomphe. On devait lui répondre : vous vous trompez beaucoup, tant que le blanc sera la couleur de Pâques, de l’Ascension, de la Fête-Dieu. Mais non aussitôt dit aussitôt fait ; la couleur pour les rameaux sera le rouge, le violet restant pour la messe. Tout le monde ne pense pas comme le professeur. Le rite romain employait le violet depuis qu’il s’en sert. Le rite parisien et celui de maints diocèses, employait le noir jusqu’au milieu du XIX siècle. Quelques rites employaient le rouge pour les rameaux et la messe. Les uns insistaient sur le deuil les autres sur le sacrifice sanglant. Mais chacun gardait la même couleur : personne n’eût jamais l’idée d’en changer. Car tout l’office du dimanche des rameaux est un mélange de pièces triomphales et passionnelles. Depuis matines jusqu’à vêpres incluses, y compris la messe, on trouve que le nombres de pièces passionnelles surpasse de peu celui des pièces triomphales. Quand deux choses sont ainsi mélangées, aucune séparation ne s’impose. le professeur suisse a cru s’illustrer en imitant le raisonnable changement de couleur qui se fait à la chandeleur ; mais son pastiche n’est qu’une chétive succursale de la moderne fête du Christ Roi.

La distribution des rameaux, lisons-nous, se fait suivant la coutume. N’en déplaise aux pastoraux, avant la coutume, il y des règles à observer. Comme le célébrant s’il n’est pas l’unique prêtres, reçoit les cendres et son cierge des mains du plus digne du clergé, ainsi doit-il recevoir son rameau. S’il ne le reçoit pas il sera sans rameau à la procession. Là -dessus de graves rubricistes se sont demandés si les pastoraux voulait que le célébrant ne portât pas de rameaux à la procession, parce qu’il aurait représenté le Christ qui n’en portait pas. L’hypothèse, en tout logique, conduisait à faire monter le célébrant sur une ânesse. Heureusement la pastorale s’est reprise en consentant au rameau oublié.

Elle, qui réduit à sa plus simple expression la bénédiction des rameaux, ne s’est pas privé d’en allonger la distribution, attendu la surabondance des chants destinés à cette action. Tandis que la longueur que la longueur de la bénédiction paraissait énorme, cette pléthore ajoutée est censée pourvoir ne pas suffire au besoin.

Le porteur normal de la croix de procession est le sous diacre, toutes les fois que le célébrant n’a pas besoin de lui, en portant le Saint Sacrement, ou pour les fonts baptismaux. Un sous-diacre supplémentaire en qualité de porte croix n’a de raison que si le sous-diacre est empêché comme ci-dessus.

Pendant deux semaines, la croix de l’autel reste voilée ; bien que voilée on l’encense, on la révère par génuflexion ou inclination profonde. Il est défendu de la dévoiler sous aucun prétexte. Au contraire la croix de procession, succédanée de la croix d’autel, se porte dévoilée à la procession ; au départ et au retour de celle-ci on voit deux croix, l’une voilée, l’autre dévoilée. Que peut-on y comprendre ?

Le désordre augmente au retour de la procession. Aller au devant d’un grand personnage, l’accompagner aux portes de la ville qui sont fermées, s’y arrêter pour le complimenter et l’acclamer, enfin ouvrir pompeusement les portes en son honneur, voilà qui a toujours été un des plus grands hommages possibles ; mais il ne convient pas au génie créateur des pastoraux.

On ne peut qualifier que de vandalisme le fait d’arracher le Gloria laus et honor de sa place à la porte de l’église, pour le mêler à tout le bagage musical processionnel presque triplé de longueur, car lésinerie et gaspillage du temps vont de pair. Donc point d’arrêt devant la porte, fermée puis ouverte ; la croix de procession dévoilée pour la magnifier, on la galvaude en lui refusant la vertu de faire ouvrir la porte. Tout cela en dépit du cérémonial ancien et moderne et puis avec quel profit ? Les rubriques pastorales affectionnent l’expression : rien n’empêche que, nihil impedit quominus. Ici elles s’en servent pour lâcher la bride aux fidèles qui pourront chanter l’hymne Christus vincit, ou autre chant en l’honneur du Christ Roi. Tolérance qui aura naturellement ses suites ; les fidèles dament le pion du clergé, ils ont le choix des chants et de langue ; s’ils chantent au Christ Roi, ils aimeront à chanter à sa mère qui est reine. Autant de désirs, de souhaits éminemment pastoraux.

La rubrique romaine disait : quand la procession entre dans l’église, on chante Ingrediente Domino, la rubrique pastorale dit : quand la procession entre dans l’église, au moment où le célébrant franchit la porte, on chante Ingrediente Domino. On ne fait nul cas de la porte au retour de la procession ; maintenant on guette le passage de la porte par le célébrant qui semble identifié avec le Christ entrant à Jérusalem.

Entre la procession et la messe on nous enrichit d’une oraison finale et récapitulative, avec des modalités défectueuses ; le célébrant n’a pas besoin de monter à l’autel, surtout en lui tournant le dos, exprès pour chanter une oraison et redescendre aussitôt. A-t-on jamais vu cela après les processions des rogations ? Enfin dans le cas présent, tenir le livre devant le célébrant appartient au diacre et sous diacre, non à un clerc.

Autrefois on appelait Passion le chant évangélique de la Passion, et évangile la fin de la Passion chantée à la manière de l’Evangile. Aujourd’hui les deux parties réunies s’appellent histoire de la Passion, ou encore Evangile de la Passion et de la mort. Un tel progrès pastoral en vaut la peine ! Les chasubles pliées sont une des caractéristiques les plus anciennes du rite romain ; elles remontent au temps où tout le clergé portait la chasuble, et furent conservées […] la plus austère pénitence. Leur abandon fait mentir les peintures des catacombes : c’est une perte immense, un outrage à l’histoire et à […] tord, dit-on, on aurait donné cette explication proportionnée au méfait : on ne trouve pas facilement des chasubles pliées. Or c’est juste le contraire : on trouve partout des chasubles violettes, qui peuvent se plier, tandis que les dalmatiques violettes sont beaucoup moins répandues. En outre on a toujours la ressource de servir en aube.

*

Les pastoraux aiment retrancher quelque chose au début ou à la fin de la messe. Leurs coupures outre le peu d’instants qu’elles font gagner, sont plutôt insignifiantes, mais surtout elles leur servent de tremplin pour de nouveaux bonds sur leur voie réformatrice. Ainsi donc ni le psaume Judica me, ni confession avant la messe des Rameaux et du samedi saint, parce que précédée d’une autre cérémonie ; mais on voudra autant la messe de la Chandeleur, des Cendres, une messe de mariage, de funérailles, une messe précédée de communion. Du début passons à la fin. Aux Rameaux, aux jeudi et samedi saints, l’indésirable dernier Evangile est omis ; parfait, mais en vertu de quel principe ? Au jeudi saint la bénédiction est omise, parce que la cérémonie n’est pas achevée ; on voudra autant la Fête Dieu, et chaque messe suivie d’une procession du Saint Sacrement.

Lorsque s’introduit l’usage de faire chanter la Passion dialoguée par trois diacres supplémentaires, plutôt en forme de leçon qu’en forme d’Evangile, on réservera la fin de la Passion pour être chantée, sous forme d’Evangile, par le diacre du célébrant, afin de ne pas tomber dans l’absurdité du diacre qui ne chante pas l’Evangile. Les trois diacres commençaient et terminaient la Passion sans cérémonies, comme aux leçons ; le seul diacre au contraire faisait les cérémonies habituelles de l’Evangile. Cela tenait debout, venait de la chapelle papale. Ainsi le diacre est évincé par les trois de la Passion, laquelle ne fait plus qu’un avec l’Evangile ; le munda cor meum et la bénédiction d’avant l’Evangile passent avant la Passion ; encensement du livre, baiser du livre, encensement du célébrant disparaissent. Ces trois gestes succombent à la mentalité pastorale ; car pour elle il n’y a pas d’Evangile, il y a seulement une histoire, histoire de la Passion ; or à défaut d’Evangile, il n’y a pas d’évangéliaire ; par conséquent on n’encense pas le livre d’histoire, on ne le fait pas baiser, on n’encense pas qui ne l’a pas baisé.

Continuons à glaner. Les livres de la passion-évangile viennent comme ils peuvent ; on n’en parlera que le vendredi saint. Les pastoraux ignorent comment se porte l’évangéliaire ; pourquoi il doit y avoir trois acolytes d’accompagnement, au lieu de deux ; que le diacre agenouillé pour dire le Munda cor meum n’a pas à s’incliner ; ils nous répètent à satiété que la passion-évangile est chantée ou lue. Du reste toutes leurs rubriques sont rédigées de manière à faire croire que, à volonté, on peut lire dans un office chanté ou chanté dans un office lu, on peut choisir ce qu’on veut chanter et laisser ce qu’on ne veut pas, on peut faire des offices à moitié chantés, à moitié lus, on peut amalgamer chant et lecture. Tel est un des fléaux redoutables en ce moment, avec celui de la langue vulgaire. Il n’est pas très nouveau et reçu même un appui par les décisions prise ces dernières années, que dans les ordinations chantées, l’évêque ordinant interrompe le chant des préfaces pour dire sans chanter les paroles essentielles ; car, paraît-il, le chant nuit à l’attention requise.

La Passion selon les quatre évangélistes englobait l’institution de l’Eucharistie, tant parce qu’elle y sert d’introduction, tant parce qu’elle ne peut trouver sa meilleure place que dans la messe. Les pastoraux pressés quand ils veulent, pensent autrement, ils expulsent l’institution de l’Eucharistie. Celle-ci par conséquent, est toute l’année exclue de la liturgie dans l’Eglise romaine, sans doute pour meilleure instruction des fidèles.

L’omission du psaume miserere à la fin des heures soulage le pauvre clergé et les malheureux fidèles. Ce psaume pouvait rester après laudes ou vêpres seulement ou même au chœur seulement, ou même facultatif seulement. Les pastoraux auraient lus avec profit ce que le cardinal Wisemann, premier archevêque de Westminster, écrivit sur le chant de ce psaume à l’office des ténèbres dans la chapelle papale.

La Missa Chrismatis, messe pontificale célébrée avec 26 parés rappelant la concélébration, célébrée sans aucun rapport avec le jeûne, dans laquelle il n’est pas permis de donner la communion, forme un curieux problème difficile à résoudre. Sa préface propre sur le ton férial, se range parmi d’autres curiosités.

Dans le rite romain l’emploie de l’étole est limité par des règles ; personne ne peut la porter sans motif ; elle se met au moment voulu, ni avant ni après ; elle est un vêtement sacré, n’a aucun rapport avec le vêtement choral, soit pour les individus, soit pour un corps du clergé. Les prêtres n’ont pas plus le droit de porter l’étole pendant une messe, où ils communieront, que pendant une messe d’ordination, où ils imposeront les mains. En disant l’inverse les pastoraux abusent de leur latitude imméritée.

A la messe du jeudi saint le célébrant commence solennellement le Gloria in excelsis ; comment ferait-il pour le commencer autrement ? Ici nous trouvons une transposition, sinon de grande importance, du moins de haute signification pastorale. Jusqu’à présent après le chant de la passion du vendredi saint, la liturgie donnait place à un sermon sur la Passion ; on s’apitoyait sur le Christ mort en croix, avant d’adorer l’un et l’autre. Maintenant il n’est plus question de cela, on n’en parle plus. En revanche après l’évangile du jeudi saint une homélie est fort conseillée pour qu’on s’émerveille du Christ lavant les pieds.

Des documents anciens il ressort que la messe ne fut jamais ni le lieu ni le temps du Mandatum. Celui-ci en était séparé, était généralement suivi d’une réfection du clergé. Le roi ou empereur participait au Mandatum, non pas à la messe. Le Ceremoniale Episcoporum situe le Mandatum dans un local convenable, ou dans la salle capitulaire, ou dans l’église mais pas dans le chœur. Le missel ne spécifie aucun lieu, ne suppose ni chœur ni autel. Du moment que la réconciliation des pénitents se faisait dans la nef, le bon sens ne pouvait admettre dans le chœur des hommes du laïcat. Les pastoraux veulent le Mandatum dans la messe, ne font que le tolérer en dehors ; ils s’aperçoivent à peine qu’on peut laver les pieds à des clercs, véritables ou tenus pour tels.

Une remarque s’impose sur la distribution des rôles. Le diacre et le sous-diacre sont chargés d’introduire les douze hommes choisis (non plus treize) dans le chœur, puis de les reconduire à leur place d’auparavant. Ce service est celui d’un bedeau ou d’un sacristain ; mais il exprime bien la mentalité pastorale imprégnée de démagogie peu avantageuse au clergé. Il fut un temps où chaque candidat au pédiluve était porté, à force de bras, par des hommes idoines, devant le pape assis pour laver les pieds. Les pastoraux, n’osant pas pousser à ce point la « charité fraternelle », se contentent d’employer le diacre et le sous-diacre à introduire les candidats, puis à les reconduire dehors. Certains regretteront l’antique usage signalé, car non seulement le sport mais aussi l’activité sociale et pastorale du clergé en aurait profité.

Nous rencontrons un gros obstacle sans dissimulation possible. Par décret du 4 décembre 1952 la Sacré Congrégation des Rites censurait l’incongruité du fait que l’évêque se chausse et se déchausse, prend et quitte chausse et sandales dans l’église ; par suite elle prohibait un tel emploi des chaussures liturgiques, lequel devait toujours se faire hors de l’église, malgré les règles jusqu’alors en vigueur. Ce décret est excessivement discutable, car il se base sur l’inexactitude, en attribuant au Ceremoniale Episcoparum des choses qu’il n’a jamais dites. Ne le discutons pas, et limitons nous à sa prohibition. L’évêque, hors de la messe, reçoit chausse et sandales sur jambes et pieds non dénudés, puisque couverts des bas. Ces chaussures sont des vêtements sacrés, autant qu’une mitre et une paire de gants, bénits, reçus simultanément avec l’épiscopat, accompagnés d’une prière, mis en œuvre avec toute la bienséance possible ; la pratique existant depuis des siècles. Au contraire 12 hommes dans le chœur, pendant la messe, se déchaussent, mettent à nu leur pied droit, et se rechaussent avant de se retirer ; la pratique étant d’invention moderne. En résumé douze pieds nus sont moins incongrus que les deux de l’évêque chaussés, sans compter les autres différences.

Le souci d’éliminer le mot pax de la messe du jeudi saint, parce que le baiser de la paix ne se donne pas, s’étend à une oraison, au Confiteor, etc…, au baiser de la main de l’évêque, a l’Ite missa est, à la bénédiction et au dernier évangile. Mais on ne sait pas si ils tolèrent les autres baisers, de main et d’objet ; car ils pourraient les proscrire aussi machinalement. La science des pastoraux en est encore au point de prendre le baiser de la main pour le baiser de l’anneau.

L’épargne d’un Confiteor à la communion du jeudi saint, c’est à dire un échange qui prend le Confiteor inaperçu dit privatim par le célébrant au début de la messe, pour qu’il tienne lieu du Confiteor collectif, chanté par le diacre avant la communion, est peut-on dire, tirée par les cheveux. La subtilité du troc ne suffit pas à masquer l’énorme dissemblance de deux emplois du Confiteor. Trop de finesse peut nuire.

Le départ et l’arrivée de la procession au reposoir donnent une preuve patente de la dextérité cérémoniale des pastoraux. Au départ le célébrant prend le ciboire avec l’aide du diacre, et maladroitement ; à l’arrivée il le dépose avec ou sans l’aide du diacre, et mal également. Les réformes exigent de ceux qui les font une formation que beaucoup n’ont pas. Depuis le Dimanche des Rameaux, nous sommes sans nouvelles tant de la croix de procession que celle de l’autel. Furent-elles découvertes ou voilées, et de quelle couleur ? Personne n’en sait rien.

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Le culte du vendredi saint comporte communion […] tout en ayant les grandes lignes extérieures d’une messe. Ce culte appris […] fut de bonne heure emprunté par le rite romain aux orientaux, qui en font large emploi toujours en vigueur. La messe des présanctifiés avait ainsi de qui et de quoi s’autoriser, surtout si l’on observe que le rite romain eut pendant des siècles la messe sèche ; une véritable parodie. Malgré tout un crime d’alarme éclata parmi les pastoraux ; c’était un arrêt d’extermination. L’alarme fut donnée par un abbé bénédictin belge s’écriant :  » la cérémonie du vendredi saint a pris des allures de messe insupportables « . Il n’en fallait pas plus aux pastoraux. Avec un acharnement digne d’un meilleur but, ils ont rempli ce programme : retrancher des éléments foncièrement romains ; adopter des éléments étrangers ; reprendre des éléments romains inférieurs et désuets ; exclure tout ce qui peut, de près ou de loin, faire penser à une messe. Sur ce point leur idéefixe est un émule du refrain Delenda est Carthago. La messe des présanctifiés a succombée sous l’incompréhension, a été victime d’une cabale. Le dictionnaire de liturgie, édition Migne, disait en 1844 :  » Le rite romain nous semble, quant à l’adoration de la croix, bien plus grave et plus édifiant que le rite de divers diocèses de France « . Avis aux pastoraux pour leur construction toute entière, qui est devenue un exercice de piété, sous le nom de  » Singulière et solennelle action liturgique pour la passion et la mort du Seigneur  » ; action qui, malgré son qualificatif, n’ennoblit pas son objet.

Le Pontifical romain nous apprend qu’on ne salue pas un nouvel autel avant d’y avoir placé sa croix. Car on salue non pas l’autel lui-même, mais bien la croix qui le domine, et à laquelle s’adressent toutes les prières. Il fut un temps où l’on apportait la croix et les chandeliers à l’autel en y arrivant, et on les remportait en partant. Cela aujourd’hui, n’est pas plus permis que de tenir l’autel découvert en permanence. C’est pourquoi je m’adresse aux pastoraux :  » Le dimanche des Rameaux vous avez découvert la croix de procession sous prétexte de la magnifier ; le vendredi saint où elle est couverte vous enlevez la croix de l’autel, l’envoyez à la sacristie, où vous l’enverrez chercher ensuite ; comment expliquez-vous pareille contradiction ?  » Renions tout génie créateur ou organisateur. Notons enfin que la croix sur l’autel rappelle une messe.

Les pastoraux divisent la solennelle action en quatre parties sous-titrées, dont la deuxième et la troisième sont solennelles, mais la première et la quatrième non. Ces dosages sont aussi savants et admirables que leur auteurs.

De chasuble il n’en est pas question ; elles sentiraient la messe. Alors le pauvre célébrant doit se contenter d’être en aube, comme dans une église de campagne, malgré la solennité ultra proclamée ; c’est un affront que le rite romain lui épargnait.

L’autel sans croix, s’il mérite toujours d’être baisé, pour lui-même, n’a pas le droit d’être salué, et encore moins d’être prié ; car on n’invoque pas l’autel. Dans le rite romain lorsqu’on se trouve à genoux, ou qu’on fait la génuflexion à deux genoux, et que l’on s’incline, l’inclination doit être médiocre, non profonde. Cette règle ancienne a été confirmée il y aura un demi siècle environ. On s’effraye en voyant la liturgie entre deux pouvoirs, ou seulement deux conduites, qui s’ignorent réciproquement.

Les pastoraux enrichissent le vendredi saint d’une oraison d’introduction et de trois oraisons de conclusion ; ils abrègent d’une main et allongent de l’autre, ayant le monopole du juste milieu ; on verra qu’ils sont pris entre deux feux, […] , dans leur propre filet. Le célébrant chante l’oraison d’introduction au pied de l’autel parce qu’il n’y montera que pour les grandes oraisons. Puisque, à l’autel, le célébrant ne tient les mains écartées qu’étant en chasuble dans la messe et que Delenda est Carthago, les mains écartées devraient faire place aux mains jointes ; mais la pastorale abdique. On se demande pourquoi la deuxième leçon tenant lieu d’épître est chantée par le sous diacre, vu que le nom de messe est rejeté, et que le diacre ne chante pas l’évangile.

Avec les pastoraux les trois diacres disent le Munda cor meum et demandent la bénédiction, cela aux Rameaux ; le vendredi saint les trois ne disent pas Munda cor meum, et ne demandent pas la bénédiction, mais vont devant le célébrant, qui leur adresse à haute voix un souhait. Jusqu’à maintenant le Munda cor meum a toujours précédé l’évangile, aux quatre passions. Même les pastoraux l’ont conservé avant leur évangile histoire de la Passion ; mais, ils l’ont exclu le vendredi ; pourquoi ? Peut-être que ce jour là et pour eux, la Passion est moins un évangile qu’une histoire. A la perte du Munda cor meum supplée une acquisition : une formule de bonne augure ou l’évangile n’est pas nommé. De plus, en donnant la bénédiction le célébrant parle media voce ; mais en disant la formule il parle clara voce ; la nouvelle formule est sans doute meilleure que l’ancienne. Enfin les trois diacres de la Passion qui s’agenouillent pour demander et recevoir la bénédiction, n’ont pas motif de s’incliner pour entendre le souhait du célébrant ; on ne s’incline pas pour répondre à Dominus vobiscum.

Ici commence la deuxième période vestimentaire, suivie de deux autres, quatre en tout. C’est la punition des puritains qui blâmaient le rite romain de faire trop souvent changer de vêtements. Les pastoraux mitigeant leurs préjugés contre-messe, ils font habiller le célébrant et le font monter à l’autel. pourtant sans capituler, il lui mettent un pluvial ; le place au milieu de l’autel, non au coin de l’épître ; avec les ministres à ses côtés, non derrière lui ; lui font tenir les mains écartées malgré le pluvial.

On ne s’occupe plus des dimensions de la croix que de sa complexion ; une croix reliquaire, le bois de la vraie croix ne les intéresse pas ; en dépit de l’origine du rite. On connaît mal et on n’a pas compris le rite romain. On a copié ailleurs le transport de la croix depuis la sacristie jusqu’à l’autel, où elle manque, où elle a sa place fixe, aussi bien sans messe qu’avec messe. Tenir la croix voilée ne signifie pas la cacher, la reléguer à la sacristie, en priver l’autel où elle doit, plus que jamais trôner ce vendredi. Sache la pastorale que le voile doit couvrir toute la croix, non seulement le crucifix ; car on montre la croix principalement.

D’autres nouveautés nous attendent. Notions des pastoraux sur les processions : le diacre entre deux chandeliers ramène la croix exilée à la sacristie, c’est une procession ; les fidèles défilent pour adorer la croix, c’est une procession ; le diacre entre deux chandeliers apporte du reposoir le Saint Sacrement, ce n’est plus une procession. Comprenne qui pourra. On n’employait pas de lumière avant le transport du Saint Sacrement, dont la croix n’est pas jalouse ; maintenant les pastoraux emploient la lumière pour la croix. Il en résulte, entre autres, que le célébrant, en découvrant la croix, se trouve au milieu de quatre personnes ; beaucoup de monde pour peu de place ! La croix, apportée par le diacre puis découverte pas le célébrant, reste désormais livrée aux mains des acolytes dont ce n’est pas le rôle, surtout à l’autel où il n’ont jamais place.

Depuis des siècles et justement, on a voulu, en plus de la croix, adorer le corps du Christ mort, gisant sur sa croix couchée. Voilà pourquoi on l’étendait sur un tapis, un coussin, un voile blanc et violet en fonction de linceul. Cela dépassait la conception des pastoraux, qui font tenir debout un mort suspendu par les bras. Ils ont également écarté l’ostension-adoration de la croix, qui n’est qu’une exaltation c’est sa mise à la portée d’adorateurs qui se prosternent. Non moins incomprise est l’adoration de la croix ; elle se faisait comme celle due au pape, par trois génuflexions espacées, avant le baiser de la croix ou du papier ; sauf que, ce vendredi, les trois génuflexions étaient changées en trois agenouillements d’adoration. C’est en passant par le pape que la génuflexion est entrée dans le rite romain.

Au découvrement de la croix, après chacun des trois Ecce lignum crucis, on joignait l’action à l’invitation, on s’agenouillait, et on adorait en répondant Venite adoremus. L’adoration en silence avait lieu durant les trois agenouillements préalables au baiser. Le génie pastoral déplace l’adoration silencieuse des trois agenouillements détruits, il le transporte après chaque Venite adoremus. De cette manière il fait plutôt perdre que gagner du temps ; ce qu’il réitère en envoyant les adorateurs un à un au lieu de deux à deux. Il croit probablement, et n’est pas le seul, que le chant nuit à l’adoration, à l’attention, au recueillement.

Le problème de l’adoration collective de la croix était depuis longtemps résolu par l’emploi de plusieurs croix, soit présentées au baiser des fidèles, soit exposées à leur adoration en plusieurs places. Après son adoration la croix de l’autel récupère sa place normale, d’où elle était partie à la sacristie. Son retour donne lieu à une rubrique étrange.

Alors on change de couleur. Le blanc et le noir sont les deux couleurs originaires du rite romain, mais les pastoraux préfèrent au noir le violet, couleur la plus récente. Eux qui renforcent le deuil du vendredi saint en l’appelant jour de la mort du Seigneur, ils rejettent le noir couleur de la mort. Eux qui exterminent la messe des présanctifiés, qui jusqu’à présent ont mis un pluvial noir au célébrant, ils lui mettent une chasuble violette, n’en mettent point à ses ministres, et les déguisent avec des dalmatiques ; peut-on se contredire plus grossièrement ? Si les pastoraux voyaient un désaccord entre la communion et la couleur noire, ils auraient du considérer que la messe des morts se dit en noir, qu’on y donne la communion, même avec des hosties consacrées précédemment, qu’on donne la communion en noir aussitôt après ou avant la messe en noir.

Je demande aux pastoraux : quel besoin, quelle opportunité sentez-vous de mettre une chasuble au célébrant seulement pour donner la communion ? La distribution de celle-ci n’a jamais comporté la chasuble hors de la messe. Vous exterminez la messe des présanctifiés, vous éliminez obstinément le moindre détail qui puisse la remémorer, et vous osez mettre une chasuble au célébrant quand vous la refusez à ses ministres. Rien n’autorise le célébrant à être vêtu pour l’acte numéro 4 de votre représentation puisque vous le laissez dévêtu, en aube, pour votre acte numéro 1. Vos pouvoirs discrétionnaires sont vastes ; l’abus ne l’est pas moins.

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La procession du jeudi saint, instituée définitivement par Sixte IV (E 1484), et celle du vendredi saint, instituée par Jean XXII (E 1334), donc par la même autorité, ont même objet, même but, même solennité, sauf que la première a caractère de fête, la deuxième caractère de deuil. Pourquoi donc abolir l’une en conservant l’autre ? L’arrivée du Saint Sacrement est accompagnée par le chant des trois antiennes en l’honneur de la croix, à la place de l’hymne Vexilla regis ayant même objet, mais sans doute non pastorale.

Dans le rite romain le célébrant chante seul partout le Pater noster, soit en entier, soit au début et à la fin, avec le milieu à voix basse. La meilleure preuve en est que l’assistance n’ayant rien dit, répond sed libera nos a malo. Néanmoins la pastorale doit réformer, et voici le bilan de ses prouesses : le Pater noster récité au lieu de chanté ; récité par tout le monde ; récité dans un office chanté ; funeste mélange de rite latin et oriental ; récité solennellement (sic), mais dépouillé de la solennité du chant ; récité les mains jointes, tandis que le libera nos est récité les mains écartées. Pitoyable explication suivant laquelle le Pater, parce que prière pour la communion doit être récité par tout le monde à la fois. Deux demandent surgissent : ce vendredi, le Pater est-il plus pour la communion que les autres jours de l’année ? Le Pater est-il plus pour la communion que les autres prières avant la communion ?

La rédaction des rubriques se trouve naturellement à la même hauteur. Ainsi nous lisons que le célébrant prend une hostie avec la main droite ; alors se frappera-t-il la poitrine avec la main gauche ? On ignore si la main gauche s’appuie sur le corporal ou sur le ciboire. Nous lisons qu’en se frappant la poitrine, au lieu d’une inclination médiocre, parum inclinatus, le célébrant s’incline profondément ; posture empêchée par la hauteur de l’autel.

C’est manquer de respect à la liturgie et au célébrant de supprimer le calice et la grande hostie ; une petite le rapetisse. Le calice a servi de ciboire autrefois, et peut encore continuer. Il fut des temps et des lieux ou la communion du vendredi se faisait sous les deux espèces réservées, donc avec le calice ; précieux souvenir à conserver. Le calice servait à la purification du célébrant, et ouvrait la voie à celle du clergé ; rite vénérable non aboli ; on ne mangeait pas sans boire. Tout cela imitait convenablement une messe, ne trompait personne, ne s’opposait pas à la communion générale ; peu importe.

La pastorale introduit trois postcommunions, chantées par le célébrant les mains jointes, au milieu de l’autel, entre ses ministres, et pendant lesquelles on est debout. Autre curiosité : pendant complies les cierges sont éteints ; donc la croix après son découvrement peu se passer de lumière ; alors pourquoi lui en donner avant son découvrement et pendant son adoration ? Jeu de compensation ; on donne à la croix des lumières qu’elle n’avait pas ; on ôte au Saint Sacrement, à la Croix et à l’autel l’encensement qu’ils avaient.

L’Eglise pleure et gémit pendant les trois jours que le Seigneur resta au tombeau ; pendant ces trois jours de funérailles du Christ mort, toutes les heures de l’office se terminent par l’oraison Respice quaesumus, qui est justement l’oraison super populum à la messe du mercredi saint. Les pastoraux rompent cette continuité et unité par un remplacement ; à la fin des heures du samedi ils mettent une oraison qui leur donne l’aspect d’une banale vigile, qui jure avec le reste, surtout avec l’antienne Christus factus est. Si la pastorale était logique, elle verrait que son oraison, n’étant plus dans le ton des trois jours, n’a plus de motifs d’être dite à genoux et avec conclusion silencieuse. Sa manière de terminer les vêpres n’est pas moins étrange.

Comme la messe, finissant tard dans la soirée, fut cause qu’on abrégea les vêpres, ainsi à une autre époque la messe, finissant tard dans la nuit, fit abréger les matines de Pâques, réduire les trois nocturnes à un seul, et cela durant toute l’octave. Avec beaucoup moins de raison les pastoraux prennent goût à l’expédient, et le perfectionnent en supprimant les matines pascales ; mais ils n’osent pas l’étendre aux jours de l’octave. Quand au samedi de la Pentecôte, massacré sous le rapport baptismal, son octave continue à jouir de l’unique nocturne.

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Comme déjà vu les pastoraux continuent l’ensevelissement des chasubles pliées avec celui du Christ ; par contre avec la même facilité, ils ressuscitent quelques minime cérémonie bien moins ancienne et abandonnée. En outre ils tranchent une question jamais résolue. Car le célébrant bénissait du feu nouveau pour avoir une lumière bénite, avec quoi le diacre allumait le cierge pascal dont il chantait le panégyrique ; cet allumage et le chant passait pour être la bénédiction du cierge pascal, sans grand mal à cela. Maintenant plus le moindre doute à tout cela, tout est clair comme du feu ; le célébrant bénit cierge et feu ; le diacre n’a qu’à le porter et à chanter. Le cierge apporté on ne sait d’où, sous les yeux scrutateurs du public, est soumis à des incisions et inscriptions, avec formules explicatives, en plus de l’enfoncement des cinq clous d’encens dans cinq trous du cierge, qui seraient les cinq plaies du Christ. Voilà qui nous reporte à la symbolique de Guillaume Durand, qui eut son temps de vogue puis de désuétude. Les grains d’encens eurent plus de chance à cause du quiproquo entre chose allumée et résine d’encens. Du reste les inscriptions avaient dégénérées en une volumineuse tablette, qu’on suspendait au cierge ou à son chandelier, peut-être à l’imitation de la tablette INRI de la croix, puisque le cierge devait symboliser le Christ.

Ici le cierge pascal étant allumé et bénit, les pastoraux font éteindre les luminaires de l’église. Le bréviaire l’avait déjà fait à la fin des Laudes du jeudi saint ; mais il s’agissait des lampes, du luminaire liturgique, éteint jusqu’au samedi. On veut probablement, mais sans le dire clairement, éteindre toutes les lumières, mettre l’église dans l’obscurité, qui sera chassée par les cierges du clergé et du peuple, venus on ne sait comment ; cela fait ressortir le cierge pascal ; cela a un air oriental, a l’air d’une Chandeleur autour du cierge principal.

Tandis qu’on transportait la lumière pour allumer le cierge déjà mis en place, maintenant on transporte le cierge allumé pour le mettre en place. Un des promoteurs de la vigile pascale s’enthousiasmait des proportions imposantes du cierge massif, et de la majesté des chandeliers pascals, soutien du cierge ; il ne soupçonnait pas que ses sectateurs auraient réduit le tout au proportions d’une église de village. Lorsque cierge et chandelier prirent un développement monumental, et que le premier ne fut plus transportable, il disparut de la procession ; on dut lui porter la lumière au moyen d’une canne à trois flammes. Ainsi arriva que le héros du cortège triomphal n’y fut pas porté. Notons que, même alors, avec la canne, la lumière du Christ n’était point acclamée, le Christ lumière n’était point adoré.

En passant par les mains des pastoraux, leur solennelle procession pour le transport du cierge est devenue la négation de principes raisonnés, un monstre liturgique. Leur caprice de faire marcher, dans une soi-disant procession le diacre et le célébrant directement derrière le sous-diacre et la croix, c’est à dire en tête du clergé, équivaut à mettre la charrue avant les bœufs. Un de leur porte voix a taché d’excuser leur malfaçon avec deux maladresses. La première en marchant comme il faut le clergé tournerait le dos au cierge porté en arrière. Réponse : dans toute procession où l’on porte un relique ou le Saint Sacrement, on lui tourne le dos quoiqu’on chante ses louanges ; on n’a jamais fait le contraire. La seconde : si l’on marchait comme l’on doit le clergé chanterait Lumen christi en tournant le dos au cierge. Réponse : aucun mal à cela ; car la génuflexion ne se fait pas au cierge qui est derrière mais au christ qui est partout. Il faut distinguer Christ lumière et lumière du Christ. Lumen Christi signifie que la lumière du Christ est dans le cierge allumé, non pas que le Christ lumière y soit.

En lisant les rubriques pastorales, on a lieu de croire que tout le monde, clergé et peuple, se précipite sur le cierge pascal pour y allumer son propre cierge ; également que chacun tient son cierge allumé pendant le chant de l’Exsultet. On se rappellera avec stupeur l’interdiction de tenir son rameau pendant le chant de la Passion.

La bonne place pour chanter l’Exsultet et situer le cierge pascal a toujours été celle où se chante l’Evangile, c’est à dire au lieu accoutumé dans le chœur, ou bien à l’ambon ou au jubé, où se trouvait habituellement le chandelier pascal. La position de celui-ci au milieu du chœur, sur un petit support est purement arbitraire ; elle tient à de fausses interprétations passagères ; elle donne congé au majestueux chandeliers pascals.

Le diacre, tenant le livre, demande la bénédiction, puis encense le livre, comme pour l’évangile. Pourquoi cela ? Une raison en est que l’Exsultet a toujours été mis dans l’évangéliaire ; l’autre, que le diacre encense le livre qui contient l’éloge du cierge qu’il va chanter. Le but direct n’est pas d’encenser le cierge, qui vaut moins que l’évangéliaire. Par l’encensement du livre le diacre encensait, per modum unius, le cierge placé contre le pupitre. La pastorale pouvait se dispenser d’un nouvel encensement, surtout pratiqué en tournant le dos au cierge.

Les pastoraux ont officié devant un autel sans croix le vendredi ; mais le samedi, l’autel et sa croix ne leur suffisent plus ; ils veulent un centre vers lequel on se tourne, qui sera le cierge pascal en rivalité avec l’autel. Le lieu pour le chant de l’évangile a son symbolisme, jadis très discuté ; leur lieu du cierge pascal, au centre du chœur, en manque absolument. La façon dont sont tournés le pupitre, et par suite le diacre chantant l’exsultet, le lecteur chantant les leçons, avec l’autel à sa droite et la nef à sa gauche, montre le charme que la position de profil exerce sur les pastoraux.

Suivant les pastoraux le célébrant s’habille de quatre manières le vendredi ; mais le samedi, un habillement lui est épargné ; on le laisse en pluvial au lieu de lui mettre la chasuble. Il leur échappe que les prophéties, traits et oraisons font parties de la messe, et que anciennement le pape baptisait en chasuble.

*

Le baptistaire était un édifice annexe de l’église, sorte de vestibule, de terrain neutre, où l’on entrait païen, d’où l’on sortait chrétien. D’un emploi particulier, il n’était pas fait pour contenir toute l’assemblée des fidèles. Au baptistère ont succédé les fonts baptismaux, souvent mal situés et mal construits ; mais à qui la faute ? Que l’autorité y pourvoie ! Leurs défauts ne seront jamais une raison de les désaffecter. Fonts baptismaux, eau baptismale et baptême forment un tout ; une innovation spectaculaire qui les sépare délibérément, qui installe dans le chœur des fonts postiche et y baptise, qui transporte aux fonts baptismaux l’eau baptismale faite ailleurs, ayant déjà servi ailleurs, est une insulte à l’histoire et à la discipline, à la liturgie, au bon sens. Ainsi on baptisera dans le chœur, enceinte du clergé, un paà¯en venu avec ses accompagnateurs. Ainsi l’eau baptismale ressemble à une personne ramenée pompeusement chez elle, d’où elle était expulsée. En faveur de l’eau baptismale, et dont la quantité doit durer toute l’année, furent érigés de somptueux baptistères, des fonts baptismaux artistiques et majestueux. Aujourd’hui la pastorale fait l’eau baptismale et baptise dans une cuvette, un baquet, puis, dans cet appareil elle porte l’eau à la fontaine, en chantant le cantique d’un cerf assoiffé, qui a déjà bu, et qui se dirige vers une fontaine à sec.

La litanie, jadis répétée à profusion, est une imploration pour les catéchumènes, soit avant, soit après le baptême ; on la chante normalement en allant aux fonts et en en revenant. Comme la pastorale introduit dans le chœur une contrefaçon de fonts baptismaux, elle y fait chanter une première moitié de la litanie, ensuite la bénédiction de l’eau, toujours sous la protection du cierge pascal, mais cette fois le célébrant montre sa face au peuple, non plus son profil. Quelle subtilité ! Non pas le retour, mais le transport de l’eau à son domicile soulève une épineuse question : à qui incombe le rôle de réservoir ambulant, au diacre, ou à des acolytes, et à combien ? Noble tâche qui mérite de faire des jaloux, surtout pendant le chant périmé du Sicut cervus. Supposé que l’église ait son baptistère, les pastoraux ont encore l’audace de donner le choix entre la seule méthode liturgique et leur triste invention.

Les rénovations des promesses du baptême, puisée à la première communion des enfants, est un acte de paraliturgie la plus massive, création d’autant plus pastorale que moins liturgique, excellente occasion tant recherchée, d’insérer la langue vulgaire dans la liturgie ; elle est une répétition oiseuse de ce que l’on vient de faire si l’on a baptisé ; elle pourra mener à la rénovation des promesses conjugales parmi les personnes réunies pour un mariage. Enfin elle cause un vide entre le transport de l’eau et la seconde moitié de la litanie ; donc perte de temps pour un retour en silence.

Le cierge pascal finit par quitter son petit support provisoire, et par gagner son chandelier du côté de l’évangile, tenu ignoré jusqu’à présent. Des fleurs n’ont jamais été prescrites sur l’autel, maintenant la pastorale en a besoin pour se rendre plus agréable.

Monseigneur Gromier

Catéchisme sur la Semaine Sainte

[ La Grande Semaine | Dimanche des Rameaux | Office des Ténèbres | Jeudi Saint | Vendredi Saint | Samedi Saint | Conclusion ]

La Grande Semaine

Demande. Comment appelle-t-on la semaine qui est immédiatement avant Pâques ?
Réponse. On l’appelle la Semaine Sainte, ou la Grande Semaine.

D. Pourquoi l’appelle-t-on la Semaine Sainte ou la Grande Semaine ?
R. A cause des grands Mystères dont l’Eglise célèbre la mémoire.

Dimanche des Rameaux

D. Quel est le premier Mystère que l’Eglise célèbre cette semaine ?
R. L’Eglise célèbre l’entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem, six jours avant sa mort.
Explication. Le prophète Zacharie avait dit expressément que le Sauveur de Sion viendrait monté sur une ânesse & sur son ânon (ces animaux étaient la monture ordinaire des Juifs) ; pour accomplir la Prophétie, six jours avant sa mort, Jésus-Christ envoya deux de ses disciples dans un village voisin, avec ordre de lui amener une ânesse & un ânon qu’ils trouveraient attachés ensemble : Jésus-Christ fut obéi. Après avoir couvert l’ânon de leurs vêtements, les disciples y firent asseoir le Sauveur, qui marcha ainsi en triomphe depuis la montagne des Oliviers jusqu’au Temple de Jérusalem où il entra.

D. Pourquoi fait-on la bénédiction des Rameaux et la procession en ce jour ?
R. Pour nous faire souvenir des honneurs que les Juifs rendirent à pareil jour à Jésus-Christ.
Explication. Une foule de peuple sortie de Jérusalem et des environs vint avec empressement au-devant de Jésus-Christ. Les uns portaient des branches d’oliviers en leurs mains, les autres se dépouillaient de leurs vêtements & les jetaient dans le chemin où Jésus devait passer, aucun qui ne s’empressa de lui rendre toutes sortes d’honneur : c’est ainsi que le Sauveur entra à Jérusalem, au milieu des cris de joie & de mille acclamations.

D. Quelles étaient les acclamations des Juifs dans le triomphe de Jésus-Christ ?
R. Les Juifs s’écriaient de toutes parts : Louanges au Fils de David : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : Louanges au plus haut des cieux.
Explication. Les Juifs reconnurent alors clairement la divinité de Jésus-Christ : ils l’honoraient comme le Messie et le Libérateur qui leur était promis ; & quelques jours après ce même peuple demanda sa mort à grands cris : voilà un prodige étonnant de contradiction.

D. Pourquoi à la procession le prêtre frappe-t-il trois fois avec la croix à la porte de l’église avant qu’elle s’ouvre ?
R. Pour nous faire souvenir qu’avant Jésus-Christ le ciel était fermé aux hommes, et que c’est par les mérites de sa croix qu’il nous en a ouvert l’entrée.

D. Pourquoi récite-t-on quatre fois la Passion durant la Semaine Sainte ?
R. Pour nous rappeler continuellement les souffrances du Sauveur dont nous devons sans cesse être occupés pendant ce saint temps.

Office des Ténèbres

D. Pourquoi appelle-t-on Ténèbres les offices du soir des Mercredi, Jeudi & Vendredi Saints ?
R. Parce qu’on chante ces offices durant la nuit & qu’on y éteint successivement toutes les lumières (ce qui figure aussi les ténèbres qu’il y eut sur la terre lors de la mort du Christ).
Explication. Le chœur est éclairé par un chandelier triangulaire portant 15 cierges. Après chaque psaume, on éteint un cierge, ce qui figure l’abandon des disciples (les 11 apôtres et les 3 Marie). Le 15ème et dernier cierge représente le Christ. Après le Benedictus (15ème et dernier psaume de cet office), ce cierge est caché au coin de l’autel puis ramené sur le chandelier, ce qui figure la mort et la résurrection du Sauveur.

D. Que signifie le bruit que le peuple fait à la fin des Ténèbres ?
R. Ce bruit représente le trouble de la nature et le tremblement de terre à la mort du Sauveur.

Jeudi Saint

D. Pourquoi cesse-t-on de sonner les cloches depuis le Jeudi jusqu’au Samedi Saint ?
R. Pour marquer le deuil & la tristesse qu’inspirent à l’Eglise les souffrances & la mort de son époux.

D. Pourquoi l’évêque fait-il en ce jour la bénédiction des saintes huiles ?
R. Parce que les saintes huiles doivent servir au baptême solennel qui se donne le Samedi Saint.
Explication. L’usage ancien de l’Eglise primitive était de bénir les saintes huiles toutes les fois qu’elle administrait le baptême solennel. Quand progressivement on ne baptisa plus les catéchumènes qu’aux vigiles de Pâques & de la Pentecôte, la bénédiction des saintes huiles ne se fit plus qu’une fois par an, ce qui fut fixé très tôt au Jeudi Saint, parce qu’il est consacré à la mémoire de l’institution des principaux sacrements. Pour cette raison aussi procédait-on à l’absoute générale et à la réconciliation des pénitents publics en ce même jour.

D. Quelle est la chose la plus remarquable arrivée le Jeudi Saint ?
R. C’est l’institution du Très-Saint Sacrement de l’Autel.

D. Pourquoi lave-t-on les pieds à douze pauvres ?
R. Pour imiter l’humilité de Jésus-Christ qui lava les pieds à ses Apôtres, & même à Judas.

D. Pourquoi dépouille-t-on & lave-t-on les autels le Jeudi Saint ?
R. Le dépouillement des autels le Jeudi Saint marque le dépouillement de Jésus-Christ de ses vêtements par les soldats romains & son dénuement extrême. La lustration des autels est en quelque sorte pour les rendre dignes de l’Agneau sans tache qui y est immolé, & pour nous apprendre avec quelle pureté nous devons nous approcher de la sainte communion.

D. Pourquoi dans plusieurs diocèses bénit-on des pains azymes (ou sans levain) et du vin, qu’on distribue ensuite au peuple dans l’église ?
R. Pour marquer l’union & la charité qui doit régner parmi les chrétiens, en rappelant le dernier repas ou Cène pris par Jésus-Christ avec ses disciples. Pendant cette cérémonie, on lit le dernier discours de Notre Seigneur à ses Apôtres dans l’évangile de Jean.

D. Pourquoi visite-t-on le Saint Sacrement le soir du Jeudi Saint ou même pendant la nuit ?
R. Pour faire amende honorable à Jésus-Christ de tout ce qu’il a souffert pour nous dans sa passion, & qu’il souffre encore tous les jours dans le Sacrement adorable de son amour.

Vendredi Saint

D. Qu’il y a-t-il de remarquable le Vendredi Saint ?
R. Le saint Sacrifice cesse en ce jour à cause de la tristesse qu’inspire la mort de Jésus-Christ.
Explication. La célébration de l’auguste Mystère de nos autels ne peut qu’imprimer la joie, & ce sentiment est incompatible avec le deuil de l’Eglise sur la mort de son époux. La Messe des Présanctifiés de ce jour est un office de communion (ou Messe sèche) sans la partie proprement sacrificielle de la sainte messe : offertoire, canon & consécration.

D. Pourquoi l’Eglise fait-elle en ce jour des prières pour tous les fidèles, pour les païens & même pour les Juifs ?
R. Pour nous apprendre que le Sauveur est mort pour tous les hommes, & pour lui demander de leur appliquer les mérites de la passion.

D. Pourquoi prêche-t-on la passion le Vendredi Saint ?
R. Pour nous exciter à la pénitence par le récit des souffrances du Sauveur.
Explication. Le Vendredi Saint doit être entièrement consacré à méditer les douleurs de Jésus-Christ. On ne doit pas se contenter d’assister à l’office, à la prédication, de jeûner plus rigoureusement, il faut surtout faire quelque aumône ou d’autres œuvres de charité. Si la Messe des Présanctifiés n’est pas célébrée dans sa paroisse vers les trois heures de l’après-midi, temps où le Sauveur est mort, une pratique bien convenable en ce jour est de faire une visite dans une église ou bien se recueillir à ce moment là, moment bien précieux & bien propre pour pleurer nos péchés qui sont l’unique cause de sa mort.

D. Qu’est-ce qu’on adore en adorant la croix ?
R. On adore Jésus-Christ attaché sur la croix par son amour pour nous.
Explication. On a répété mille fois aux protestants que nous n’adorions que Jésus-Christ sur la croix, & non point la croix elle-même. Ils savent que le mot latin adoratio ne signifie autre chose que salut, révérence, prostration ; malgré ces déclarations authentiques, ils s’obstinent à nous reprocher un culte que nous désavouons. A la vérité nous honorons, nous vénérons la croix avec toute l’antiquité, mais seulement, comme le dit saint Ambroise, à cause de Jésus-Christ qui y est attaché & qui y est mort pour nous.

D. Que faut-il faire en adorant Jésus-Christ sur la croix ?
R. Il faut lui demander pardon des péchés que nous avons commis & qui sont la cause de ses souffrances & de sa mort.

Samedi Saint

D. Quelles sont les principales cérémonies du Samedi Saint ?
R. La bénédiction du feu nouveau, du cierge pascal et des fonts baptismaux.

D. Pourquoi bénit-on le feu nouveau le Samedi Saint ?
R. Pour marquer la résurrection de Jésus-Christ figurée par la lumière.

D. Que représente le cierge pascal ?
R. Le cierge pascal peut être regardé comme l’image du Sauveur ressuscité.
Explication. Au moins dès le temps de l’abbé Rupert, au douzième siècle, on donnait des raisons mystiques du cierge pascal. Cet auteur, Durand & beaucoup d’autres disent que les cinq grains d’encens qu’on y met représentent ou les cinq plaies du Christ, ou les aromates dont son corps fut embaumé, & qu’on allume le cierge pascal pour marquer la résurrection. C’est pourquoi on le fait brûler pendant le temps pascal, parce que le Sauveur était alors sur la terre & apparaissait à ses disciples. On l’éteint à l’Ascension, parce que Jésus-Christ est monté au ciel.

D. Pourquoi fait-on la bénédiction des fonts au Samedi Saint ?
R. Parce qu’anciennement on administrait le baptême solennel aux catéchumènes en cette nuit.

D. Que faut-il faire pendant la bénédiction des fonts baptismaux ?
R. Il faut remercier Dieu de la grâce du baptême & en renouveler les promesses.

Conclusion

D. Quel fruit doit-on retirer de ce catéchisme ?
R. C’est d’entrer dans l’esprit de l’Eglise pendant cette semaine, & surtout de méditer chaque jour quelques temps sur la Passion de Jésus-Christ.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Programme de la Vigile pascale

Vigile pascale - gravures de PicardSaint-Eugène, le Samedi Saint 20 avril 2019, vigile pascale de 21h30.
Répétition pour les choristes à 16h30.

Voici maintenant que s’accomplit pour nous en réalité ce qui arriva en figure à nos pères. Déjà resplendit la colonne de feu qui guida, durant la nuit sacrée, le peuple du Seigneur vers les eaux dans lesquelles il devait trouver son salut ; vers ces eaux qui engloutissent le persécuteur, et du sein desquelles le peuple du Christ remonte délivré. Conçu de nouveau dans l’eau fécondée par le Saint-Esprit, le fils d’Adam, né pour la mort, renaît à la vie par le Christ. Hâtons-nous donc de rompre notre jeûne solennel ; car le Christ notre Pâque a été immolé. Non seulement nous sommes conviés au festin du corps de l’Agneau, mais nous devons encore nous enivrer de son sang. Ce breuvage n’est point imputé à crime pour ceux qui le boivent, mais il est en eux le principe du salut. Nourrissons-nous aussi de celui qui est l’Azyme ; car l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu. Le Christ est le pain descendu du ciel, bien supérieur à celui qui pleuvait du ciel dans la manne, et dont Israël fit son festin pour mourir ensuite. Celui dont ce corps sacré est l’aliment devient possesseur de l’éternelle vie.

Les choses anciennes ont disparu, tout est devenu nouveau : le couteau de la circoncision mosaïque est émoussé, et le rude tranchant de la pierre employée par Josué est hors d’usage. C’est au front et non en secret, que le peuple du Christ reçoit sa marque glorieuse ; c’est par un bain et non par une blessure, par le Chrême et non par le sang.

Il convient donc, en ce soir de la résurrection de notre Seigneur et Sauveur, d’allumer un flambeau dont la blancheur flatte les regards, dont le parfum réjouisse l’odorat, dont l’éclat illumine, dont la matière ne cause pas de dégoût, dont la flamme n’exhale pas une noire fumée. Quoi, en effet, de plus convenable, de plus joyeux, que de célébrer les veilles de la nuit en l’honneur de celui qui est la fleur de Jessé, avec des torches dont la matière est empruntée aux fleurs ? La Sagesse a chanté, parlant d’elle-même : Je suis la fleur des champs et le lis des vallons. La cire n’est point une sueur arrachée au pin par le feu ; elle n’est point une larme enlevée au cèdre par les coups répétés de la hache ; sa source est mystérieuse et virginale ; et si elle éprouve une transformation, c’est en prenant la blancheur de la neige. Devenue liquide par la fusion, sa surface est unie comme le papyrus ; pareille à l’âme innocente, aucune division ne vient la briser, et sa substance, toujours pure, descend en ruisseaux pour devenir l’aliment de la flamme. »

Extrait de la liturgie du Samedi Saint dans le rit ambrosien.

A la vigile pascale :

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Programme de la messe des Présanctifiés

Crucifixion tirée d'un canon pontifical du XVIIème siècleSaint-Eugène, le Vendredi Saint 19 avril 2019, messe des Présanctifiés de 19h, suivi de l’office des Ténèbres du Samedi Saint après une courte pause (vers 23h). Pour les choristes, habillement à 18h15 & répétition à 18h30.

La messe des Présanctifiés est ainsi nommée car les Saints Dons ont été consacrés la veille le Jeudi Saint au cours de la messe de la Cène ; ils ont été portés au reposoir à l’issue de cette messe et sont aujourd’hui solennellement rapportés à l’autel au cours de cette liturgie des Présanctifiés. Le génie du rit romain montre ainsi le lien théologique intime qui unit le Jeudi Saint et le Vendredi Saint, le sacrifice du pain et du vin à la Cène par le Christ et celui de son Corps et de son Sang sur la Croix.

Cette liturgie romaine du Vendredi Saint par bien des aspects rappelle la liturgie des Présanctifiés que le rit byzantin célèbre tous les mercredis et vendredis de Carême et dont le règlement est traditionnellement attribué au Pape saint Grégoire le Grand, pape de Rome, qui fut diacre apocrisiaire à Constantinople. Il ne s’agit pas d’un simple office de communion mais bien d’une messe car les espèces du pain et du vin y sont employés, mais surtout parce que le célébrant y procède à la fraction de l’hostie, signe de la passion et pour les premiers chrétiens, signe de l’eucharistie (« Ils reconnurent le Seigneur dans la fraction du pain » (cf. Luc XXIV, 30-31)

A la messe des Présanctifiés :

  • Procession d’entrée en silence
  • Traits : Faux-bourdon du 2nd ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
  • Passion de Notre Seigneur-Jésus-Christ selon Jean – Répons de la Synagogue en polyphonie – Henri de Villiers
  • Découvrement de la croix : Antienne Ecce lignum
  • Pendant l’adoration de la croix :
    1. Premiers impropères : polyphonie de Thomas Luis de Victoria (1540 † 1611), maître de chapelle de l’impératrice Marie
    2. Seconds impropères : Popule meus sur une polyphonie du R.P. Jean-Baptiste Geoffroy, s.j. (1601 † 1675), maître de musique de la maison professe des jésuites à Paris
    3. Crucem tuam de František Picka (1873 † 1918), organiste, chef d’orchestre et compositeur à Prague
    4. Crux fidelis en plain-chant

Les Présanctifiés seront suivis de l’Office des Ténèbres du Samedi Saint, avec à la fin duquel sera chanté le Miserere d’Allegri (avec abellimenti baroques improvisés).
(après une courte pause)

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